• La malédiction de Cham ?

    Les Noirs sont-ils noirs à cause d'une malédiction prononcée sur Cham ?

    La malédiction de Noé

    Bien des gens de sociétés se déclarant chrétiennes, comme l'Afrique du Sud ou les USA (en particulier la soi-disant "ceinture biblique"), ont cherché à justifier l'idée que les Noirs seraient inférieurs à cause d'une malédiction que Noé aurait prononcé sur Cham, ancêtre des peuples Noirs, en Gen. 9:25-27, et ce avant même Darwin. Noé a prononcé cette malédiction après s'être saoulé sous sa tente et s'être déshabillé pour ensuite cuver son vin. Cette idée fut aussi utilisée pour justifier l'esclavagisme (la malédiction contenait l'expression "qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères", qui est ce qu'on appelle un "génitif superlatif" – comparer avec les titres de Jésus Christ : "Roi des rois" et "Seigneur des Seigneurs" (1 Tim. 6:15 ; Ap. 17:14 ; 19:16) qui signifient bien entendu qu'Il est le Seigneur et le Roi ultimes1 – et veut dire en l'occurrence "dans la servitude la plus abjecte") et le ségrégationnisme, puisqu'il y avait une contradiction flagrante arf entre la Déclaration d'Indépendance selon laquelle "Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables" et cet état de fait. D'ailleurs, dans des pays de tradition chrétienne sans Déclaration des droits de l'homme comme le Brésil, cette idée de malédiction sur Cham était pratiquement inconnue no2.
    Aujourd'hui encore, beaucoup de chrétiens, bien que n'adhérant aucunement à une quelconque idée de supériorité ou d'infériorité raciales particulières en quoi que ce soit et sans distinction d'appartenance ethnique, pensent encore que les Noirs ont la peau "noire" parce que leur ancêtre Cham a été maudit.

    Remettons donc les pendules à l'heure : la malédiction en Gen. 9:25-27 ne concerne pas Cham, mais Canaan ! Cham était déjà sous la bénédiction divine du v. 1, et bien qu'il ait clairement été en faute, Noé ne pouvait pas maudire celui que Dieu avait béni. D'ailleurs, Jean Chrysostome (v. 347-407) déclarait que la malédiction ne pouvant atteindre Cham, elle devait s'abattre sur sa progéniture en guise de châtiment pour Cham3. Et si cela vous scandalise, dites-vous bien que la société antique était très différente de notre société actuelle individualiste en ceci qu'elle était entièrement collectiviste (comme dirait l'autre happy) : l'individu n'existait pas en tant que tel, mais seulement en tant que membre de son groupe (ce qui explique pourquoi Moïse ne prend pas la peine d'expliquer pourquoi Dieu a maudit l'Univers entier (Rom. 8:22) en réponse au péché de l'unique individu Adam, roi de la Création). Pour ceux qui connaissent, vous n'avez qu'à penser Sparte, ou mieux, vous n'avez qu'à penser Japon médiéval wink2 .
    De plus, le nom hébreu de Cham veut dire "chaud, bouillant" selon la concordance de Strong (entrée 02526), pas "noir" (comme l'affirment certains). "The Curse of Ham, Race and Slavery in Early Judaism, Christianity, and Islam", de David Goldenberg, une étude séculière de la question, "argumente de manière persuasive que le nom biblique de Cham n'a aucun rapport du tout avec la notion de noirceur"4. Sa couleur de peau très bronzée était donc son génotype, pas le résultat d'une malédiction.
    On remarquera que Mizraïm, ancêtre des Égyptiens, est le fils de Cham mais que ses descendants n'ont pas du tout connu une destinée d'esclave, bien au contraire, leur peuple fut l'un des plus puissants du monde à un moment donné.
    Alors, je sais qu'un certain évêque Newton a monté en épingle qu'il existe certains manuscrits où c'est Cham qui est maudit et pas Canaan dans une version arabe de la Genèse et dans certaines copies de la traduction grecque de l'Ancien Testament. Seulement, ce qu'il omet, c'est que cette version arabe de la Genèse date d'aussi tard que le IXsiècle (alors que les versions antérieures font toutes de Canaan l'objet de la malédiction). Les copies grecques de l'Ancien Testament que mentionne Newton, quant à elles, sont à peine au nombre de 8, et la plus ancienne date du XIIe siècle !25 Bref, le trophée du grand n'importe quoi dont on ne redemande pas en termes de critique textuelle revient à notre gagnant l'évêque Newton clown.
     
    Quant à savoir exactement pourquoi Canaan, lui, a été maudit, la parole de Dieu ne le mentionnant pas spécifiquement, nous en sommes réduits aux conjectures, mais je crois pouvoir dire que celles ci-dessous sont plausibles :
    • Pour certains commentateurs (Poole, Hodge, Bunyan), Cham, en plus d'avoir annoncé à ses frères que leur père était nu et ivre dans la tente, a aussi appelé son fils, qui a été prendre part au voyeurisme de son père.
    • Pour Éphrem le Syriaque (306-373), c'est Canaan lui-même qui a été avertir Cham de la nudité de son grand-père3 (bien que le texte n'en suggère rien).
    • Noé s'est aperçu que Canaan possédait aussi la nature charnelle et matérialiste de Ham, et il s'est rendu compte que ça ne pouvait qu'empirer dans les générations à venir. Voilà sans doute pourquoi l'expression "Cham, le père de Canaan" est utilisée en Gen. 9:22, car Canaan était bel et bien le digne fils de son père.
    • Cham ayant péché en tant que fils benjamin de Noé, il devait être puni par une malédiction sur son fils benjamin : c'était une application de la loi du talion5.
    • Canaan était non seulement le père des Cananéens, mais aussi des Amorites, des Jébusites, des Sidoniens et des Phéniciens. Tous ces peuples devaient, en une certaine période dans le futur, faire la guerre contre les descendants de Sem et, dans une moindre mesure, de Japhet, et deviendraient affreusement idolâtres beurk. Noé a visiblement dénoncé prophétiquement cette apostasie envers le Dieu vivant et vrai.
    • Quelque part, en maudissant Canaan, Noé fit preuve de miséricorde en évitant que toute la descendance de son fils soit maudite.

     Éphrem le Syriaque
    Jean Chrysostome                                                                  Éphrem le Syriaque

    La descendance immorale de Canaan

    On peut raisonnablement avancer que la malédiction de Noé s'est accomplie, dans sa partie sémite, lorsque Josué et ses troupes exterminèrent ou imposèrent un tribut aux Cananéens sous la direction divine. D'aucuns, comme le Dr Carl Wieland, un des pionniers du mouvement créationniste moderne, soutiennent qu'il n'est dit nulle part que la malédiction de Noé était inspirée de Dieu, et voient plutôt dans son imprécation l'exclamation de dépit d'une personne faillible et pécheresse prise en flagrant délit6, mais si on suit le même genre de logique, l'imprécation d'Isaac sur Esaü en Gen. 27:39-40 n'est pas inspirée non plus...  Il ne faut pas oublier qu'en cette époque où le sacerdoce lévitique n'existait pas encore, le père de famille était le chef religieux de la maisonnée, c'est lui qui avait l'autorité pour parler au nom de Dieu.

    Carl Wieland 
    Dr Carl Wieland                           Allen P. Ross (1943-)

    En tout état de cause, il est clair que Noé, en l'espèce, parle prophétiquement au sujet des descendants de ces peuples7. L'immoralité qui a commencé chez Cham et qui s'est perpétuée en Canaan a atteint des sommets difficilement égalables chez les descendants de celui-ci, dont l'offrande de leurs enfants dans les bras chauffés à blanc de l'idole Moloch beurk (cf. Gen. 15:16 ; 18:20-21 ; 19:4-10 ; Lév. 18 ; 20:2-5 ; De. 12:29-30 ; aujourd'hui, ce sont les enfants dans le ventre de leur mère qui sont sacrifiés au grand dieu Mammon...). Allen P. Ross, professeur d'Ancien Testament et d'hébreu à la Beeson Divinity School de l'université Samford, à Birmingham, Alabama, USA, détaille :
    "L'archéologie a vivement illustré à quel point ces peuples étaient avilis. Bright écrit : "La religion cananéenne ne nous donne pas un joli tableau. De nombreuses pratiques avilissantes, dont la prostitution sacrée, l'homosexualité et divers rites orgiastiques, étaient répandues."8 Wright et Filson ajoutent : "Ce qui est incroyable avec les dieux, tels qu'on les concevait en Canaan, c'est qu'ils n'avaient absolument aucune moralité. En fait, leur conduite était beaucoup plus mauvaise que celle de la société en général, si on en juge par les codes juridiques antiques [...] . Le culte de ces dieux comportait certaines des pratiques les plus avilissantes qui existaient à l'époque."9"10

    Ceci dit, ne perdons pas de vue que la grâce de Dieu surpasse n'importe quelle malédiction : n'a-t-Il pas sauvé Rahab la prostituée de par sa foi (Héb. 11:31), et n'a-t-Il pas fait d'elle une ancêtre du Christ (Mt. 1:5-16) ?

    Dr Jonathan D. Sarfati
    Dr. Jonathan D. Sarfati (1964-)

    Il convient de le réitérer, la malédiction de Noé n'a strictement rien à voir avec la "noirceur" de peau (car les "Noirs" n'ont pas une peau noire mais d'un brun très foncé) : d'après Jonathan Sarfati :
    "Les Égyptiens peignaient des fresques de différents groupes de gens, notamment sur la tombe de Séthi Ier, et les Cananéens avaient la peau olivâtre, en contraste avec les Nubiens à la peau très brune. Les Nubiens étaient probablement des descendants de Cush fils de Cham, qui n'a pas été maudit."11

    Mais qu'est-ce que Cham a fait, à la fin ?

    Pour répondre à la question, nous commencerons par citer de nouveau Sarfati :
    "Cham, par un moyen ou un autre, a aperçu son père nu, mais le texte suggère bien plus qu'un simple accident. L'hébreu wayyar (וַיַּ֧רְא), dans ce cas-ci, signifie "a regardé", mais avec la nuance de transgresser une limite. Le même mot est utilisé en 1 Sam. 6:19, quand Dieu a tué 70 personnes "lorsqu’ils regardèrent l’arche de l’Éternel". Leupold suggère que Cham "a regardé fixement [Noé] avec satisfaction". Alors, au lieu d'honorer son père, qui l'a amené en lieu sûr avec son arche, Cham s'est réjoui de la honte de son père."12


    Eugene Dennis Rose

    Le hiéromoine feu Seraphim Rose rajoute :
    "Quel fut le péché de Cham ? Le péché n'était pas tant qu'il a vu son père nu, parce qu'on n'était pas aussi tatillon avec ce genre de choses que nous le sommes aujourd'hui. Son péché reposait plutôt dans le fait qu'il l'a vu dans une condition honteuse
     — ivre, tout avachi — et du coup il s'est moqué de son père, il a regardé le spectacle et il est sorti et a répandu le bruit du péché de son père. [...] Le péché de Cham était le péché de n'avoir aucune vergogne. Ses frères, au contraire, sont venus avec respect, ont couvert leur père, et ont donc étouffé la chose avant qu'elle ne puisse se répandre."13


    Henry Madison Morris

    Henry M. Morris, le fer de lance du mouvement créationniste biblique moderne, donne une explication tout à fait plausible de l'attitude de Cham :
    "[Il] a exprimé un ressentiment longtemps dissimulé envers l'autorité et la rectitude morale de son père. Il y avait apparemment une tournure charnelle et rebelle à la nature de Cham, réprimée jusqu'ici par la force spirituelle et l'autorité patriarcale de son père.
    Toutefois, maintenant qu'il contemplait la preuve de la faiblesse humaine de son père de ses yeux même, ressentant sans doute une impression de libération de toutes les inhibitions qui avaient jusqu'ici étouffé ses propres désirs et ambitions. Pensant que ses frères partageraient sa satisfaction, il s'est hâté d'aller les voir et de leur raconter la nouvelle croustillante.
    "14

    Sarfati voit dans le sort final de l'antique Carthage (incendiée, rasée, et les survivants réduits en esclavage) un accomplissement emblématique de Gen. 9:2715. Si vous connaissez vos classiques et que vous avez lu "Les lauriers de César" clown, vous connaissez sans doute la fameuse citation latine du sénateur romain et orateur Caton le Grand (-234 - -149) : "Delenda Carthago".

    Titus Residus, avocat romain

    Cette locution est devenue synonyme, dans la langue française, d'une détermination à atteindre un but qui confine à l'obsession, mais il est plus vraisemblable que les mots par lesquels Caton le Grand aurait terminé chacun de ses énergiques discours aient plutôt été : "Ceterum censeo Carthaginem esse delendam" ("De plus, j'estime que Carthage doit être détruite"). Il exprimait là le ressentiment général de Rome envers Carthage, ressentiment ancré dans plusieurs raisons : la domination par les Carthaginois de l'axe stratégique et maritime que constituait la Méditerrannée, la dégelée que les Carthaginois avaient infligée aux Romains à Cannes... mais aussi leurs rites religieux de sacrifices d'enfants ! Ainsi, l'historien, philosophe et moraliste gréco-romain Plutarque écrivait :

    Plutarque (46-120)
    "Mais en pleine connaissance et compréhension, [les Carthaginois] offraient en sacrifice leurs propres enfants, et ceux qui n'avaient pas d'enfants en achetaient à des pauvres et leur tranchaient la gorge comme s'ils étaient autant d'agneaux ou de jeunes oiseaux."16

    Or, les Carthaginois sont des Phéniciens (d'où le nom de "Guerres puniques" donné aux guerres entre Rome et Carthage, du latin Poenicus), c'est-à-dire des Cananéens. Cela explique bien des choses, surtout quand on sait que ces Cananéens de Méditerranée adoraient Baal tout comme leurs cousins de Palestine. D'ailleurs, vous connaissez sûrement au moins un Carthaginois célèbre : Hannibal Barca. Et bien, son prénom signifiait "favorisé de Baal". Son frère s'appelait Hasdrubal (aide de Baal) et son père Hamilcar (frère de [Baal-]Melkart).

    Les historiens modernes ont bien sûr écarté d'un revers de main et à grand tours de bras les récits romains de sacrifices d'enfants carthaginois par l'apophtegme stupide et irritant selon lequel "les vainqueurs écrivent l'histoire" zzz (alors que, par exemple, ce sont les moines chrétiens francs, pour l'essentiel, qui sont les seuls à avoir relaté les incursions vikings en France qui ont mené à une véritable colonisation sarcastic). Mais comme le dit si justement Sarfati, "les vainqueurs aussi peuvent avoir raison" yes. Ce n'est pas parce qu'ils sont les vainqueurs qu'il faut écarter leurs récits d'un revers de main. C'est comme avec le négationnisme : écarter d'un revers de main les récits alliés sur les camps de la mort nazis où des millions de Juifs et de membres d'autres minorités persécutées furent assassinés systématiquement n'est le fait que d'une poignée de cinglés souffrant d'hypervénénorrhée no (je viens d'inventer ce néologisme par analogie avec l'hypersialorrhée pour qualifier un excès de production par les glandes à venin yes). Et il se trouve que les récentes découvertes archéologiques ont confirmé les récits gréco-romains sur la base de preuves littéraires, épigraphiques, archéologiques et historiques cool17, 18.

    Du voyeurisme, c'est tout ?

    Une règle générale dans l'herméneutique biblique est d'adopter la lecture la plus simple à moins qu'il n'y ait de bonnes raisons de faire autrement, alors pour répondre à cette question : oui, le voyeurisme suffit à expliquer l'action de Cham et Japhet et la réaction de Noé. Toutefois, certains ne s'en satisfont pas et vont carrément y voir un péché d'ordre sexuel : soit Cham aurait châtré Noé beurk, soit il l'aurait violé dans son sommeil éthylique beurk19, soit il aurait couché avec la femme de celui-ci beurk20 et Canaan aurait été le fruit de cet inceste, cette dernière idée étant notamment soutenue par des apologistes catholiques romains de l'université franciscaine de Steubenville, Ohio21. C'est bien la peine de s'écarter de la lecture la plus simple si c'est pour ne même pas être d'accord les uns les autres happy.

    Pour illustrer cela, voici une citation du Talmud babylonien (env. 500) qui relate le désaccord de deux rabbins fort respectés à leur époque, chacun maintenant une des deux premières positions citées ci-dessus :
    "Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet. [À propos de ce dernier verset,] Rav22 et Shmouel23 [divergent], l'un maintenant qu'il l'a châtré, tandis que l'autre dit qu'il a abusé sexuellement de lui. Celui qui maintient qu'il l'a châtré [raisonne ainsi :] comme il l'a maudit par son quatrième fils, il a dû lui faire du mal au sujet d'un quatrième fils. Mais celui qui dit qu'il a abusé sexuellement de lui fait une analogie avec "et il vit" écrit deux fois. Ici, il est écrit : Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères ; tandis qu'ailleurs, il est écrit : Elle fut aperçue de Sichem, fils de Hamor, prince du pays. [Il l’enleva, coucha avec elle, et la déshonora]. Alors, au sujet du point de vue selon lequel il l'aurait émasculé, il est vrai qu'il l'a maudit par son quatrième fils ; mais au sujet du point de vue selon lequel il aurait abusé de lui, pourquoi a-t-il maudit son quatrième fils ? Il aurait dû le maudire lui-même.  Les deux ignominies ont été perpétrées."24
    À tous les coups, s'ils sont en désaccord, c'est parce qu'aucun des deux points de vue n'a été déduit du texte winktongue.

    Quant au troisième point de vue, ses tenanciers se basent sur le fait que "découvrir la nudité" est parfois utilisé dans la Bible comme une métaphore pour "coucher avec la femme", par exemple en Lév. 18:6-19. Bassett, l'auteur de cette idée, va jusqu'à invoquer des trucs venant d'en-dehors du texte pour se tirer d'affaire, affirmant que Gen. 9:23 est une interpolation ultérieure d'un rédacteur qui n'a pas compris le sens idiomatique no... Toutefois, Ross, dans son étude exhaustive et rationnelle sur la question, démontre que l'idiome de Gen. 9 est différent de celui de Lév. 18 :
    "Mais les indices en faveur de cette interprétation ne pourraient pas être moindres. L'expression 
    רָאָ֨ה עֶרְוָתָ֜הּ [rââh 'erwâtâh, voir sa nudité] est utilisé dans l'Écriture pour parler d'une exhibition honteuse, en général d'une femme ou du symbole d'une ville en signe de châtiment honteux, exhibée et sans défense. C'est tout à fait différent de l'idiome utilisé pour la relation sexuelle immorale, גַלֶּ֖ה עֶרְוָתָֽהּ׃ [gâlâh 'erwâtâh, découvrir sa nudité]. C'est cette construction qui est utilisée dans tout Lév. 18 et 20 pour décrire la conduite sexuelle immorale des Cananéens. Lév. 20:17 est la seule occurrence où רָאָ֨ה [rââh] est utilisé, mais même ça, c'est une construction en parallèle avec גַלֶּ֖ה [gâlâh] expliquant l'incident. Cet unique usage ne peut être utilisé pour soutenir l'allégation de Bassett d'une force idiomatique du sens de relation sexuelle."10

    Dans chaque cas, l'hypothèse ne tient pas debout des faits que ce n'est pas Cham qui a découvert la nudité de Noé mais qu'il s'est découvert lui-même, et que Sem et Japhet ont recouvert sa nudité littérale d'un manteau littéral, ce qui ne peut s'expliquer que si ça s'est passé exactement comme le texte le raconte. De plus, si l'origine des Cananéeens était aussi scabreuse, la Bible n'aurait pas manqué d'en faire "ses gorges chaudes", comme elle le fait avec l'origine des Ammonites et des Moabites (Gen. 19:30-38).

    Conclusion

    La prétendue "malédiction de Cham" est encore un de ces cas où une lecture simple du texte, sans aller chercher midi à 14 h, est la meilleure. En réponse au comportement ignominieux d'un fils dont la rébellion pécheresse couvait dans le cœur depuis un bout de temps déjà, Noé prononça une malédiction prophétique contre le fils de celui-ci en châtiment, et aussi parce que Dieu lui avait donné un aperçu prophétique de la dégradation morale innommable que les descendants de Canaan atteindraient. Il n'est absolument pas question, ici, d'une quelconque malédiction héréditaire qui affligerait toutes les personnes "de race noire" (terme qui n'a de toute façon aucune réalité). Bien au contraire, la parole de Dieu proclame que tous descendent d'un couple unique (Ac. 17:26) qui vivait il y a quelques milliers d'années de cela. Elle range tout un chacun sous l'appellation de pécheur (Rom. 3:23), sans distinction aucune d'ethnicité. En fait, elle ne distingue au final que deux races : les brebis et les boucs (Mt. 25:31-46), les bénis de Dieu et les maudits, ceux qui auront suivi le Seigneur Jésus Christ et les autres, ceux qui n'en auront fait qu'à leur tête (le mouton et la chèvre sont très proches phylogénétiquement, mais le premier a tendance à suivre le chef du troupeau où qu'il aille alors que la seconde a tendance à se disperser et aller où ça lui chante). Aujourd'hui, le choix s'offre à vous de laisser tomber vos prétentions et de Le suivre, avec les récompenses mirobolantes qui vont avec, la vie éternelle n'étant pas la moindre d'entre elles, ou bien de n'en faire qu'à votre idée et de suivre n'importe quelle autre vision du monde, avec, il faut bien le dire, la honte éternelle en partage au bout du chemin. Saurez-vous faire le bon choix ? C'est entièrement gratuit, pourquoi ne pas en profiter dès maintenant ?

     
    1. Comparer avec Wenham, G. J., "Genesis 1-15", p. 202, 1987. Revenir au texte.
    2. Sarfati, J. D., "The Genesis Account", p. 626, 2015. Revenir au texte.
    3. In Rose, E. D., "Genesis, Creation and Early Man", Ch. 9, 2000. Voir aussi iciRevenir au texte.
    4. Levine, M. M., un examen de D. Goldenberg "The Curse of Ham, Race and Slavery in Early Judaism, Christianity, and Islam" dans "Bryn Mawr Clasical Review" 2004.02.53. Revenir au texte.
    5. Kidner, D., "Genesis", p. 104, 1967, in Ref. 2, p. 621. Revenir au texte.
    6. Wieland, C., "One Human Family", pp. 44-45, 2011. Revenir au texte.
    7. Ref. 2, pp. 621-622. Revenir au texte.
    8. Bright, J., "A History of Israel", p. 108, 1959. Revenir au texte.
    9. Wright, G. E., et F. V. Filson, "The Westminster Historical Atlas to the Bible", p. 36, 1945. Revenir au texte.
    10. Ross, A. P., "Studies in the Book of Genesis — Part 1 : The Curse of Canaan", BiblSac 137:223-240, 1980. Revenir au texte.
    11. Ref. 2, pp. 618. Revenir au texte.
    12. Ref. 2, pp. 623. Revenir au texte.
    13. Ref. 3. Revenir au texte.
    14. Morris, H. M., "The Genesis record", p. 235, 1976. Revenir au texte.
    15. Ref.  2, pp. 627-629. Revenir au texte.
    16. Plutarque, "Œuvres morales" 2:171C. Revenir au texte.
    17. Smith, P. et al, "Age estimations attest to infant sacrifice at the Carthage Tophet", Antiquity 87(338):1191-1199, 2013. Revenir au texte.
    18. Xella, P. et al, "Phoenician bones of contention", Antiquity 87(338):1199-1207, 2013. Revenir au texte.
    19. Gagnon, R. A. J., "The Bible and Homosexual Practice: Texts and Hermeneutics", pp. 63-71, 2001. Revenir au texte.
    20. Bassett, F. W., "Noah's nakedness and the Curse on Canaan: A Case of Incest?" VT 21:232-237, 1971. Revenir au texte.
    21. Bergsma, J. S. et S. W. Hahn, "Noah's nakedness and curse on Canaan (Genesis 9:20-27), JBL 124(1):25-40, printemps 2005". Revenir au texte.
    22. Rabbin Abba Arika (175-247). Revenir au texte.
    23. Rabbin Samuel bar Abba (165-257). Revenir au texte.
    24. Sanhedrin 70a. Revenir au texte.
    25. Whitford, D. M., "The Curse of Ham in the Early Modern Era, the Bible and the Justifications for Slavery". Revenir au texte.
    « Qu'est-ce qu'un chrétien doit penser des NDE/EMI ?Des astres lointains dans un Univers récent ? »

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