• Moïse est le compilateur de la Genèse

    Moïse est le compilateur de la Genèse

    De même qu'un historien compile différents documents d'époque pour réaliser son œuvre, Moïse a compilé différents documents antérieurs à son époque pour composer la Genèse et le reste du Pentateuque. Commençons donc en examinant quelques faits sur celle-ci.

    Pourquoi la Genèse s’intitule-t-elle comme ça ?

    Moïse est le compilateur de la Genèse
    Ptolémée II Philadelphe (285 av. J.-C. - 246 av. J.-C.)

    Ce nom remonte à quelques siècles avant Jésus Christ, lorsque la Bible hébraïque fut traduite en grec, ce qui donna la Bible des Septante (selon la légende, elle aurait été rédigée, sur l'île de Pharos, au large d'Alexandrie, à la requête du pharaon Ptolémée II et avec l'approbation du grand prêtre Éléazaros, à partir d'un manuscrit de Jérusalem écrit en lettres d'or, pendant 72 jours en 250 av. J.-C. environ par 72 rabbins séparés, 6 de chaque tribu d’Israël, qui seraient arrivés pile poil à la même traduction, d’où le nom1), ou, pour faire court, la Septante. Ils ont choisi d’en intituler le premier livre Genesis (Γένεσις), ou origine. Ce titre fut maintenu au fil des traductions en latin, puis en français.

    Ils ont sans doute choisi ce nom en rapport avec un mot très important qui sous-tend toute la structure de ce livre dans la Septante : "geneseôs" (γενέσεως), qu’ils ont traduit de l’hébreu tôledôt (תוֹלְד֧וֹת), et qu’on traduit dans les Bibles francophones par "générations". Ça résume bien l’idée centrale du livre : l’origine de tout ce qui existe, y compris le péché et la mort, et la manière dont tous les humains descendent du couple humain originel.

    Toutefois, dans la Bible hébraïque, ce livre n’est pas nommé tôledôt, mais berēshīt (בְּרֵאשִׁ֖ית, ce qui signifie « au commencement »), le premier mot du livre, selon l’usage juif. Cette appellation aussi est très appropriée car la Genèse est bel et bien le "livre des origines". Elle explique l’origine du temps, de l’espace, de la matière, de la Terre, voire l’Univers entier, de la vie, de l’homme, du péché, de la mort et de la Rédemption cool. En fait, on peut retrouver toutes les doctrines fondamentales et la moralité de la foi chrétienne dans la Genèse, notamment dans les 11 premiers chapitres, quoique souvent sous une forme embryonnaire.

    Les variantes textuelles

    Le texte massorétique

    C'est le texte utilisé dans les bibles hébraïques modernes et qui sert de base à la plupart de nos traductions de l'Ancien Testament (les traductions catholiques y compris, depuis peu, et ce, malgré l'antisémitisme latent et donc l'hostilité au texte massorétique propres au catholicisme romain). Son appellation vient d'un groupe de scribes spécialistes de la Bible nommé les Massorètes ("transmetteurs") qui ont travaillé dès le VIIe siècle, d'abord à Tibériade et à Jérusalem, mais aussi à Babylone, pour standardiser un texte devenu difficile d'accès à des Juifs qui ne parlaient plus l'hébreu couramment. Leur travail a notamment consisté à rajouter au texte originel, qui ne comportait que des consonnes, des points-voyelles pour en faciliter la prononciation2.

    La Bible des Septante

    Ce que je vous ai raconté plus haut, c'est la légende wink2, mais en réalité, elle a été composée sur des décennies à partir du IIIe siècle avant notre ère. La multiplicité des traducteurs se ressent dans la qualité inégale de la traduction (en fait, même notre bonne vieille traduction Louis Ségond 1910 est bien meilleure). En fait, la traduction est si inégale et hétérogène que certains érudits remettent en question l'appellation de Bible "des Septante", qui suggérerait plus d'uniformité qu'il n'y en a réellement. Toutefois, le Pentateuque est en général considéré comme raisonnablement fiable.

    Il est intéressant de noter que la Bible des Septante était d'un usage répandu parmi les Juifs de la diaspora à l'époque du Nouveau Testament (ce qui explique pourquoi les nobles Béréens d'Ac. 17:11 n'ont pas soulevé de différence entre l'enseignement des Apôtres et l'Ancien Testament). C'est pour ça qu'elle est souvent (mais pas exclusivement) citée dans le Nouveau Testament. Les différences introduites par les traductions n'étaient pas un problème pour l'herméneutique juive de l'époque smile, et le fait que Dieu ait inspiré certains auteurs du Nouveau Testament à utiliser des citations de la Bible des Septante qui diffèrent légèrement de l'hébreu original tend à prouver, si besoin est, que la parole de Dieu, ce n'est pas de l'encre sur du papier, ni des octets dans une mémoire d'ordinateur, ni même des lettres ou des idéogrammes assemblés pour former des mots, mais une information vivante et immatérielle qui transcende les systèmes de langage et les différences culturelles cool.

    En tout état de cause, il ne s'agit pas de surestimer l'influence de la Septante sur le Nouveau Testament. Sans même mentionner les allusions subtiles du style Lc. 11:31, Jésus mentionne clairement et nettement l'Ancien Testament 64 fois dans les Évangiles synoptiques. Dans le lot :

    • plus de la moitié sont en accord et avec le texte massorétique, et avec la Bible des Septante (pour la simple et bonne raison que la Bible des Septante traduit correctement le texte originel dans ces cas-là ^^),
    • 1/5 diffère et du texte massorétique et de la Bible des Septante,
    • 1/5 est en accord avec le texte massorétique mais pas avec la Bible des Septante,
    • et les quelque 3/10 restants sont en accord avec la Bible des Septante mais pas le texte massorétique. Toutefois, il est intéressant de remarquer qu'il y a quelques versets où nous voyons des versions différentes de la Bible des Septante elle-même !
    • Bien entendu, il faut aussi retenir que Jésus parlait en araméen à Ses auditeurs (même s'Il devait certainement pouvoir faire la conversation en grec aussi wink2), et pas en hébreu, Il ne citait donc pas la Bible des Septante à la base.3

    Le pentateuque samaritain

    Il s'agit d'une version hébraïque datant du Ier siècle av. J.-C. Après que les Assyriens aient envahi et soumis le royaume d'Israël (dont la capitale était Samarie) et déporté ses habitants, ils ont importé des colons dans la zone autour de Samarie, ne serait-ce que pour éviter la multiplication des bêtes fauves. Les Samaritains sont les descendants "métissés" de ces colons et de Juifs. Ils avaient leur propre système de culte centré autour du mont Garizim (Jn. 4:20-21), basé uniquement sur la loi mosaïque et qui était légèrement différent de celui utilisé par les Juifs de Judée et de la diaspora. Le pentateuque samaritain diffère du texte massorétique en 6 000 endroits, dont 2 000 sont en accord avec la Bible des Septante.

    Moïse est le compilateur de la Genèse

    La Genèse fait partie de la Torah, elle est de ce fait qualifiée de "livre de Moïse", toutefois elle représente un cas spécial dans le Pentateuque. En effet, Moïse fut témoin de la très grande majorité des événements décrits dans les quatre autres livres du Pentateuque4, mais pas de ceux de la Genèse, qui se sont produits longtemps avant qu’il naisse. Moïse n’est pas mentionné comme étant l’auteur du livre, la meilleure explication est donc qu’il est le compilateur de la Genèse.

    On en a des preuves internes avec les commentaires que Moïse a insérés (par ex. Gen. 26:33, 32:32) où Moïse explique certaines choses à ses lecteurs israélites, qui vivaient longtemps après les événements. Toutefois, il y a certaines occurrences où Moïse a recopié ses sources telles quelles, un exemple est Gen. 10:19 : "Les limites des Cananéens allèrent depuis Sidon, du côté de Guérar, jusqu’à Gaza, et du côté de Sodome, de Gomorrhe, d’Adma et de Tseboïm, jusqu’à Léscha".
    Eh oh ? Sodome et Gomorrhe ? Je croyais que Sodome et Gomorrhe n’étaient plus que poussière volant au vent de la Mer Morte depuis des siècles à l’époque de Moïse shocked
    Imaginez un guide touristique des USA qui mentionne les Tours Jumelles comme lieu à visiter. Qu’en concluriez-vous ? Qu’il a été écrit avant le 11 septembre 2001, n’est-ce pas ? Et bien là, c’est pareil yes, nous avons une preuve que Moïse a recopié des sources datant de l’époque d’Abraham (voire d’avant, à la limite).

    Toutefois, Moïse n’a pas fait que recopier bêtement des documents. En fait, on retrouve dans la Genèse des structures littéraires artificielles à grande échelle qui prouvent qu’une main à pris beaucoup de peine pour éditer les documents à sa disposition et les fusionner en un tout5. Les éléments rhétoriques de Gen. 1-11, en particulier, sont si bien tissés en une seule trame harmonieuse que cela constitue une preuve indiscutable de l’unité du récit et de sa composition par un unique auteur.

    Le chiasme dans Gen.  1-11

    Le chiasme, qu’est-ce que c’est que cette bestiole eek ? devez-vous vous demander. En gros, c’est quand le même langage et les mêmes éléments de style du récit sont repris par le narrateur en ordre inverse, le dernier venant en premier et le premier venant en dernier.

    Un exemple très simple est Gen. 9:6 :
    Si quelqu’un verse
    le sang
    de l’homme,
    C’ par l’homme
    B’ son sang
    A’ sera versé

    Idem pour Gen. 2:4 :
    Voici les origines
    des cieux
    et de la terre,
    quand ils furent créés.
    C’ Lorsque l’Ðternel Dieu fit
    B’ une terre
    A’ et des cieux

    Le récit du Déluge lui-même (Gen. 6:1-9:19) est un gigantesque chiasme, centré sur la protection providentielle de Noé et la mettant en évidence :
    A Noé et ses fils (Gen. 6:10)
    B Toute vie sur Terre (Gen. 6:13a)
    C La Terre est maudite (Gen. 6:13b)
    D L’Arche (Gen. 6:14-16)
    E Tous les êtres vivants (Gen. 6:17-20)
    F La nourriture (Gen. 6:21)
    G Tous les animaux entre les mains de l’humanité (Gen. 7:2-3)
    H Entrée dans l’Arche (Gen. 7:13-16)
    I Flux (Gen. 7:17-19)
    J Les montagnes sont immergées (Gen. 7:20)
    X Dieu se souvient de Noé (Gen. 8:1)
    J’ Les montagnes émergent (Gen. 8:5)
    I’ Reflux (Gen. 8:13-14)
    H’ Sortie de l’Arche (Gen. 8:15-19)
    G’ Tous les animaux entre les mains de l’humanité (Gen. 9:2)
    F’ La nourriture (Gen. 9:3-4)
    E’ Tous les êtres vivants (Gen. 9:10a)
    D’ L’Arche (Gen. 9:10b)
    C’ La Terre est bénie (Gen. 9:13-16)
    B’ Toute vie sur Terre (Gen. 9:17)
    A’ Noé et ses fils (Gen. 9:19)6

    Dans cet énorme chiasme, il y en a un plus petit d’inclus, qui se concentre sur des nombres importants, notamment les nombres 7 et 40 :
    a 7 jours d‘attente avant d’entrer dans l’Arche (Gen. 7:4)
    b Seconde mention de ces 7 jours (Gen. 7:10)
    c 40 jours (Gen. 7:12, 17)
    d 150 jours (Gen. 7:24)
    x Dieu se souvient de Noé (Gen. 8:1)
    d’ 150 jours (Gen. 8:3)
    c’ 40 jours (Gen. 8:6)
    b’ 7 jours à attendre la colombe (Gen. 8:10)
    a’ 7 autres jours à attendre la colombe (Gen. 8:12)6

    Le récit de Gen. 1-11 est lui-même basé sur un chiasme d’après certains commentateurs : Création (Gen. 1:1-2:3), premier malheur (Gen. 2:4-3:24), deuxième malheur (Gen. 4), dernier malheur (Gen. 5-9), résolution (Gen. 10-11).

    Un autre chiasme est l’épisode de la tour de Babel en Gen. 11:1-9 :
    A Toute la Terre n’a qu’une seule langue (Gen. 11:1)
    B Les humains arrivent (Gen. 11:2)
    C "Ils se dirent l’un à l’autre" (Gen. 11:3a)
    D "Allons ! faisons des briques" (Gen. 11:3b)
    E "Bâtissons-nous" (Gen. 11:4a)
    F  "une ville et une tour" (Gen. 11:4b)
    X "L’Éternel descendit" (Gen. 11:5a)
    F’ "la ville et la tour" (Gen. 11:5b)
    E’ "que bâtissaient les fils des hommes" (Gen. 11:5c)
    D’ "Allons ! descendons" (Gen. 11:6a)
    C’ "qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres" (Gen. 11:7b)
    B’ Les humains partent (Gen. 11:8)
    A’ "l’Éternel confondit le langage de toute la terre" (Gen. 11:9)

    La structure chiastique est un moyen mnémotechnique très important dans une culture largement orale. Ce n’est pas pour rien que de nombreux récits de la Bible soient structurés de la même manière, par exemple Gen. 17:10-1423-27 et la révélation de Dieu au Sinaï en Ex. 19-24. Prenons l’exemple de Gen. 17:1-25, nous sommes d’accord que cette partie-là est historique, n’est-ce pas ?
    A L’âge d’Abraham (Gen. 17:1a)
    B Dieu apparaît à Abraham (Gen. 17:1b)
    C Dieu promet de faire une alliance (Gen. 17:1c-2)
    D Abram tombe sur sa face (Gen. 17:3)
    E Dieu change le nom d’Abram en "Abraham" (Gen. 17:4-8)
    X Dieu donne l’alliance de la circoncision (Gen. 17:9-14)
    E’ Dieu change le nom de Saraï en "Sarah" (Gen. 17:15-16)
    D’ Abraham tombe sur sa face (Gen. 17:17-18)
    C’ Dieu promet de faire une alliance en Isaac (Gen. 17:19-21)
    B’ Dieu s’élève de dessus Abraham, qui Lui obéit (Gen. 17:22-23)
    A’ Âges d’Abraham et d’Ismaël (Gen. 17:24-25)

    Les auteurs classiques ont utilisé le chiasme des centaines de fois dans leur œuvre : il y en a 1 257 chez Tite-Live, 365 chez Jules César et 1 088 chez Tacite7.

    Le nombre 7 dans Gen.  1-11

    Le nombre 7 est très utilisé en Gen. 1. Si ce n’est bien sûr pas une preuve de l’inspiration divine de la Bible en soi, ça concorde au moins avec l’idée que la Genèse a été écrite par un unique compilateur soigneux8. Arnold Fruchtenbaum (1943-), un savant  juif messianique reconnu, donne cette liste, d’après Umberto Cassuto :

    • Les 7 jours de la Création.
    • Des mots-clés répétés en multiples de 7 : Elohim (Dieu) apparaît 35 (7x5) fois, la terre 21 (7x3) fois, le ciel/les cieux 21 (7x3) fois.
    • 7 "fiats", c.-à-d. fois où Dieu dit "Que telle chose soit" ou "Faisons". En hébreu, ces verbes sont au jussif, une forme utilisée pour les requêtes et les ordres. Comme le sujet est Dieu, ce sont des "jussifs de commandement" : יְהִ֣י (yᵊhî : que… soit), יִקָּו֨וּ (yiqqāwû : que… se rassemblent), תֵרָאֶ֖ה (tērā’ĕh : que… paraisse), תַּֽדְשֵׁ֤א (tădᵊshĕ : que… produise), יִשְׁרְצ֣וּ (yishrᵊtsû : que… produise en abondance), תּוֹצֵ֨א (tôtsē : que ... produise), נַֽעֲשֶׂ֥ה (na’ăseh : Faisons)
    • Les mots "lumière" et "jour" se retrouvent fois dans le 1er paragraphe.
    • Le mot "lumière" se retrouve fois dans le 4paragraphe.
    • Le mot "eaux" se retrouve fois dans les 2e et 3e paragraphes.
    • Le mot "vie" se retrouve 7 fois dans les 5e et 6e paragraphes.
    • Dieu qualifie 7 fois la Création de "bonne" ("très bonne" la 7e fois)
    • Dans l’hébreu original, Gen. 1:1 comporte mots.
    • Dans l’hébreu original, Gen. 1:2 comporte 14 (7x2) mots.
    • Il y a 7 paragraphes de Gen. 1:1 à 2:3, après quoi la narration change.
    • Dans l’hébreu original, le 7paragraphe comporte 35 (7x5) mots, et inclut 3 phrases de 7 mots chacune, avec "le 7e jour" au milieu de chacune.

    Umberto Cassuto
    Umberto Moshe David Cassuto (16/12/1883-18/12/1951)

    On retrouve aussi cette importance du chiffre 7 ailleurs dans le récit biblique de nos origines :

    • En Gen. 4, le nom d’Abel apparaît fois, et celui de Caïn 14 (7x2) fois. Le mot "frère" sous forme pronominale (mon, ton, son) apparaît aussi 7 fois. Dieu promet que Caïn sera vengé 7 fois, et Lémec a déclaré qu’il se vengerait 77 fois.
    • Dans Gen. 1-5, la combinaison des mots YHWH et Elohim apparaît 70 fois.
    • Dieu parle à Noé 7 fois dans l’épisode du Déluge.

    Arnold Genekowitsch Fruchtenbaum
    Arnold Genekowitsch Fruchtenbaum (26/9/1943-)

    Je tiens à faire remarquer que, bien que je croie tout à fait en l’inspiration divine de la Bible (ce qui, je l'espère, est évident wink2) je ne cautionne absolument pas les théories et autres pseudo-sciences comme l’alphanumérisation de la Bible qui voudraient y voir des codes secrets exigeant je ne sais pas quelle clé de déchiffrage plus ou moins mystico-ésotérique un peu partout no. En effet, son message réside dans sa révélation propositionnelle, c.-à-d. dans des propositions factuelles à propos de choses qui sont révélées dans le langage (Ps. 119:130).

    D’autre part, je ne nie pas que ce genre d’analyse doit être fait avec prudence, puisque la subdivision de la Bible en versets n’est pas inspirée de Dieu. Toutefois, en l’occurrence, cette subdivision correspond bel et bien à des unités naturelles yes. Ainsi, le v. 1 est une affirmation sur la Création divine, le v. 2 est un complément d’information, et donc une unité naturelle et les v. 3ss. expliquent comment Dieu a formé et rempli la Terre. Et même si, par exemple, les v. 1 et 2 ne formaient qu’une seule unité naturelle, on y retrouverait 21 (7x3) mots dans l’hébreu d’origine.

    Incidemment, certains veulent voir dans cette énumération une preuve que Gen. 1 n’est pas historique mais poétique. Cet argument est tellement faible qu’il frise le pur grotesque happy : on retrouve des énumérations dans des passages incontestablement historiques de la Bible. Un exemple-type est Nb. 7:10-84, on y retrouve un motif répétitif d’énumération sur 12 jours consécutifs. Personne, à part les personnes qui accordent si peu de crédibilité au récit biblique qu’elles ne se différencient guère des athées dans leur vie courante, ne nie qu’il s’agisse là du récit historique de la consécration de l’autel par un représentant de chacune des douze tribus d’Israël par jour, et c’est d’ailleurs pour ça que les Apôtres étaient douze. Il est donc évident que de tous les procédés littéraires plus ou moins hypothétiques que X et Y auraient déniché dans Gen. 1 pour essayer d’en nier l’historicité, cet argument du symbolisme numérique est celui qui se mord le plus fort la queue, c’est un argument circulaire de la plus belle eau. En effet, l’idée selon laquelle un motif numérique apparent exclurait l’historicité du récit ne repose que sur elle-même : elle part du principe qu’elle est vraie pour prouver qu’elle est vraie…9 (On appelle ça une pétition de principe).

     

    1. On en retrouve la première version aboutie dans la Lettre d'Aristée XXVIII-XXXIII ; pp. 301-307, IIe siècle av. J.-C. Revenir au texte.
    2. Archer, G. L., "Encyclopedia of Bible Difficulties" p. 40, 1982. Revenir au texte.
    3. http://christianthinktank.com/alxx.html. Revenir au texte.
    4. À part de sa mort, évidemment. Ça, il va de soi que c'est Josué qui a dû le rajouter en hommage posthume à son mentor, ce qui était une conclusion fort appropriée au Pentateuque. Revenir au texte.
    5. Phelan, M. W. J., "The Inspiration of the Pentateuch", 2005. Revenir au texte.
    6. Wenham, G. J., "The coherence of the Flood Narrative", VT 28(3):336-348 ; 1978. Revenir au texte.
    7. Welch, J. W., "Chiasmus in Ancient Greek and Latin Literatures"; in Welch, J. W. (Ed.), "Chiasmus in Antiquity), p. 264, 1999. Revenir au texte.
    8. Fruchtenbaum, A. G., "The Book of Genesis" pp. 29-30, 129, 2009. Revenir au texte.
    9. Kay, M., "On literary theorists'approach to Genesis 1: Part 2", Journal of Creation 21(3):93-101, 2007. Revenir au texte.
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