• Le wahhabisme

    Le wahhabisme, à la racine du takfirisme

    Le wahhabisme

    Introduction

    Les médias n’ont de cesse de marteler les expressions en « -isme » relatifs à l’islam pour définir une personne qui aurait commis des attentats terroristes, ou pour discréditer les musulmans en faisant planer la bonne vieille menace de l’islamisation de la France, qui est devenue, pour beaucoup, une préoccupation bien plus que la misère, le chômage, l’inflation et autres données économiques qui expliquent qu’il y a des gens qui meurent de faim dans les rues d’un pays prétendument riche. C’est ainsi que fondamentalisme, salafisme, rigorisme, islamisme, extrémisme riment avec « terrorisme » et finissent, grâce au flou médiatique et au bon vieux procédé psychologique de l’analogie qui est utilisé dans le conditionnement de l’individu, par être synonymes dans l’esprit des gens. C’est à se demander quand viendra le tour du « christianisme » dans cette longue série de fausses rimes. Pourtant, ils n’ont pas idée d’y inclure une doctrine musulmane mère du terrorisme takfiriste : le wahhabisme, et pour cause : c’est celle des riches ressortissants des pays du Golfe avec qui la France entretient d’excellentes relations, surtout lorsqu’il s’agit de financer des équipes de football qui permettent au peuple d’opérer une catharsis nécessaire aux frustrations que la politique de l’État engendre. Afin de démolir les idées reçues sur l’islam, qui est instrumentalisé politiquement par tous types d’adversaires, qu’ils se réclament eux-mêmes de cette religion ou qu’ils lui jettent publiquement l’opprobre, il convient de faire lumière sur la doctrine du wahhabisme, qui est certainement l’aboutissement de la transposition de la logique politique sur le plan religieux, représentant ainsi parfaitement la légitimation d’une volonté de conquête par des considérations prétendument spirituelles. Tout ceci, bien évidemment, dans une logique de recherche de la vérité, car en tant que disciples du Christ, elle nous est salutaire (Jn 14:6 ; 8:32). Dans cet article, nous allons donc nous intéresser à cette école sunnite théologiquement controversée et qui alimente les discours de ceux qui sèment la terreur islamiste dans le monde.

    Genèse

    Le terme «wahhabisme» est issu du prédicateur Mohammed Ben Abdelwahab, né en 1703 dans la province de Ouyayna, dans l’actuelle Arabie Saoudite. Sa tribu, celle des Banu Tamim est de rite hanbalite, une des quatre écoles de l’islam sunnite, nommée à partir de l’imam Ahmed ibn Hanbal, qui plaçait les hadiths sur un même piédestal que le Coran. Il devint un disciple de Mohammed Hayya ibn Sindhi, un jurisconsulte d’origine pakistanaise qu’il rencontra à Médine1. Ce dernier était connu pour tirer des points doctrinaux à la fois des hanbalites et des hanafites et pour considérer les hadiths comme les textes piliers à toute règle de vie musulmane. Il mit dans le crâne d'Abdelwahab que l’islam a été avili par le laxisme et le modernisme des sédentaires en exigeant un retour à la « pureté » doctrinale telle qu’énoncée par le leader de l’école hanbalite, Ahmad ibn Hanbal. Mohammed Ben Abdelwahab devint très vite un prédicateur ambitieux, qui attira, entre autres, le gouverneur de sa province d’origine, Ouyayna. Il conclut un pacte tacite avec ce dernier, lui promettant de lui offrir une légitimité théologique et juridique et de l’aider à élargir sa conquête territoriale, à condition que ce dernier contribue à la diffusion de ses idées. C’est ainsi que le gouverneur, sous l’influence d’Abdelwahab, fit abattre les arbres « sacrés » de la région et lapider une jeune femme qui avait avoué avoir commis l’adultère. Après qu’un chef de tribu ait exercé un chantage sur la personne du gouverneur pour évincer Abdelwahab, ce dernier se vit condamner à l’exil.

    Le wahhabisme
    Mohammed ibn Saoud

    Il s’installa ainsi dans la province de Diriyah, située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Riyad, qui était alors dirigée par Mohammed Ibn Saoud2. Il conclut un pacte avec ce-dernier en ces mots : « Je veux que vous me prêtiez serment de faire la guerre sainte contre les mécréants. En retour, vous serez proclamé imam et leader de la communauté musulmane, et je serai, quant à moi, le chef de file dans le domaine religieux ». Mohammed Ibn Saoud, qui avait des velléités de conquête et de pouvoir, accepta le pacte, qui fut conclu en 1744. C’est ainsi que l’expansion du wahhabisme se fit en parallèle aux conquêtes des Saoud, le premier servant de base et de légitimité idéologique aux seconds. Les partisans d'Abdelwahab sont toujours liés, 300 ans après, aux Saoud, comme les doigts de la main. En effet, les descendants d’Abdelwahab (qui épousa une Saoud), la famille Alashaykh3, ont toujours été les leaders des institutions religieuses de l’Arabie Saoudite, s’attachant à légitimer moralement et religieusement le pouvoir des Saoud.

    Doctrine

    Le pilier de la doctrine du wahhabisme est la conversion forcée par la conquête4. Le musulman doit faire acte d’allégeance à son roi en vue de sa rédemption dans l’au delà (bayah), et le roi doit diriger son peuple selon le commandement divin qui ne serait autre que le wahhabisme. Cette doctrine exclut ainsi d’emblée tout ce qui n’est pas son interprétation de l’islam et va jusqu’à jeter l’anathème sur les autres doctrines. En érigeant la Sunnah et les hadiths comme les piliers fondamentaux de l’islam dans sa forme la plus « pure », il rejette toute tentative de modernisation de ce dernier et refuse toute critique historique de ces textes (ceci est d’autant plus alarmant, lorsqu’on connaît la « valeur historique » des hadiths et de la Sunnah qui doivent faire l’objet d’un autre article).

    Les wahhabites se considèrent d’abord comme des « salafistes »5. Le salafisme provient du mot « salaf » qui signifie « prédécesseur » et qui fait référence aux compagnons du prophète : il s’agit donc du retour fantasmé à l’islam des origines. Le wahhabisme est effectivement une « orientation particulière » du salafisme (qui connaît d’autres acceptions), ce qui explique qu’il considère la religion comme immuable et inadaptable à la modernité et en rejette donc toute innovation (bid’ah). Il ne s’agit en effet pas pour eux de suivre l’esprit des recommandations du prophète tels que rapportés par la Sunnah ou les hadiths, mais plutôt de les appliquer à la lettre même aussi anachroniques qu’elles soient, tout comme pour celles du Coran dont la valeur parabolique des versets est ignorée.

    Le wahhabisme, en s’attachant davantage aux écrits d’auteurs comme Ibn Hanbal, a, en outre, réduit l’intérêt d’une classification selon des critères de recevabilité des hadiths, puisque les écrits de jurisconsultes qui sont considérés «purs» d’un point de vue doctrinal par les wahhabites admettent des hadiths qui sont aujourd’hui controversés, l’élément de recevabilité étant plus laxiste à l’époque de leur rédaction. Or wahhabisme et Saoud sont indissociables, ces derniers se sont donc nourris aux thèses les plus folkloriques des prédicateurs wahhabites les plus rigoristes pour mettre en place des lois liberticides et pour le moins farfelues6 tels que :

    • interdiction de jouer ou d’écouter de la musique
    • interdiction de danser
    • interdiction de jouer aux échecs
    • interdiction de jouer ou d’écrire un scénario de fiction
    • interdiction de détenir ou de toucher des chiens
    • etc.

    Les docteurs wahhabites s’amusent, en outre, à jeter l’anathème sur toute pratique contraire à leur propre vision du monde, et disposant d’un pouvoir absolu en Arabie Saoudite par l’entremise des souverains, il se plaisent à ériger en codes moraux tout ce qui peut émaner de leurs esprits perturbés sans craindre les réfutations qui sont, de toute manière, punies sévèrement. Ce fait explique notamment la place de la femme dans la monarchie (sa mise sous tutelle, l’interdiction de la mixité dans les lieux publics, etc...) qui est, tenez vous bien, issu non pas de la doctrine musulmane mais des mœurs polythéistes locales héritées de l’époque anté-islamique.

    Portée

    Le wahhabisme prend son essor avec la découverte des gisements de pétrole qui enrichissent considérablement les Saoud, ainsi qu’avec le Pacte de Quincy du 14 février 1945 (scellé sur le croiseur éponyme) avec les États-Unis qui assurent aujourd’hui encore une bienveillance envers la diffusion des thèses wahhabites dans les pays occidentaux par leurs dirigeants7. Grâce à la manne financière, on assiste à une internationalisation du wahhabisme (distribution de livres, chaînes de télévision satelitaires faisant la promotion du wahhabisme, financement d’universités et d’écoles coraniques) qui va pousser les gens à abandonner leur culture religieuse d’ancrage8. Le salafisme a la capacité de produire un discours sans culture qui lui permet d’avoir une certaine internationalité. Le wahhabisme propose en outre un islam en kit : l’apparence de la piété revêt une grande importance pour les nouveaux prédicateurs wahhabites qui prônent la sauvegarde d’une barbe épaisse et longue ou l’interdiction de porter des habits européens.

    Sans entrer dans les considérations de financement des mouvements terroristes par les Saoud, il est cependant utile de rappeler le rapprochement entre leur doctrine et le wahhabisme. En effet, le takfirisme9 est d’origine wahhabite. Comme nous l’avons vu plus haut, le wahhabisme a pour base l’endoctrinement par la conquête et les groupuscules terroristes ne veillent qu’à la stricte application de ce principe. On pourrait dire que le takfirisme est un wahhabisme poussé à son extrême, puisqu’il ne s’agit dès lors plus de rechercher une « pureté doctrinale » fantasmée mais de le limiter à sa seule dimension de « djihad »10 (que l’on considère comme étant la guerre sainte). Les takfiristes s’alimentent des fatwas les plus folles des nouveaux prédicateurs wahhabites qui concernent le combat armé en les substituant, en tant que règles, aux commandements du Coran, des hadiths et de la Sunnah.

    Nous avons vu dans cet article que le wahhabisme est bien moins une doctrine théologique qu’un alibi politique. Son instigateur Abdelwahab avait moins la volonté de comprendre les textes religieux musulmans que de servir ses ambitions de pouvoir en vendant ses thèses au plus offrant tout en lui procurant une légitimité morale pour ses velléités de conquête. Le wahhabisme est donc indissociable de la monarchie saoudienne et cette dernière est indissociable du wahhabisme, qui ne peut donc être considérée comme un réel salafisme ou « retour aux sources » tel qu’il prétend l’être, mais plutôt comme un islam réformé qui sert de substrat idéologique et religieux à la guerre et à la conquête. Nous comprenons donc mieux pourquoi les médias nous servent un tour de passe-passe en nous faisant croire que l’islam dans sa forme la plus pure est un condensé d’appels au meurtre et à la violence, puisque c’est précisément ce que les Saoud, qui sont les meilleurs amis du monde occidental, veulent faire croire au reste du monde pour justifier leurs exactions. Or, il serait utile de rappeler que le wahhabisme n’est qu’une des nombreuses subdivisons du rite hanbalite, qui est lui-même une subdivision du sunnisme, et que le salafisme tel qu’instrumentalisé par les wahhabites n’est lui-même qu’une subdivision du mouvement salafiste. Tout cela pour vous dire que cantonner l’islam au wahhabisme est aussi ridicule que de le réduire au takfirisme, et qu’encore une fois, le fait de faire croire à un musulman que sa religion ne se limite qu’à cette doctrine ne saurait être mieux qu’une publicité pour l’État saoudien.

    Quelques anecdotes

    • Le plus grand détracteur (et sans doute le meilleur) de Mohammed ibn Abdelwahab n’est autre que Suleyman ibn Abdelwahab, à savoir son propre frère. Ce dernier a écrit un livre intitulé « les foudres divines sur les thèses wahhabites » où il réfute point par point tous les arguments du premier en référant systématiquement à Ibn Taymiyya et son disciple Ibn Qayyim al-Jawziyya, tous deux considérés par les wahhabites comme ayant une vision « pure » de l’islam.
    • Il existe un hadith « sahih » (à savoir « véridique ») rapporté par Bukhari où le prophète prophétiserait l’avènement des wahhabites en ces mots : « De l’Est, paraîtront des gens, ils liront le Coran, mais il ne dépassera pas leurs gorges. Ils quitteront l’Islam à la vitesse avec laquelle une flèche transperce une proie. Ils ne reviendront pas [à l’Islam] tant que la flèche n’aura pas regagné son encoche. On demanda : "À quoi les reconnaîtra-t-on ?" Il répondit : "Leur signe distinctif sera qu’ils se raseront le crâne" ». Or ce signe distinctif ne peut que s’appliquer aux wahhabites, puisqu’ils sont les seuls, leurs contemporains en attestent, à s’être rasé le crâne. Cette pratique est encore en usage parmi eux. Nous pouvons donc déduire que selon la prophétie islamique même, les wahhabites sont considérés comme des hérétiques winktongue.
      
    Cactus Épineux

      1. Cf. Al Ghafur Attar, A., "Muhammad Ibn Abdel Wahhab". Revenir au texte.
      2. Cf. Commins, D., "The Wahhabi Mission and Saudi Arabia". Revenir au texte.
      3. Cf. Ayoob, M. et Kosebalaban, H., "Religion and Politics in Saudi Arabia : Wahhabism and the State". Revenir au texte.
      4. Cf. Ross Valentine, S., "Force and Fanaticism : Wahhabism in Saudi Arabia and beyond". Revenir au texte.
      5. Cf. Congressional Research Service, "The Islamic Traditions of Wahhabism and Salafiyya". Revenir au texte.
      6. Cf. Abou El Fadl, Kh., "The Great Theft : wrestling Islam from the extremists". Revenir au texte.
      7. Cf. Mikaïl, B., "La Politique américaine au Moyen-Orient". Revenir au texte.
      8. Cf. Saint-Prot, C., "Islam : l’avenir de la tradition entre révolution et occidentalisation". Revenir au texte.
      9. Cf. Clark, P. B.; et Beyer, P., "The World’s Religions : Continuities and Transformations". Revenir au texte.
      10. Cf. DeLong-Bas, N., "Wahhabi Islam : from revival and reform to global Jihad". Revenir au texte.
     
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  • Commentaires

    1
    مالك
    Dimanche 24 Décembre 2017 à 15:03

    الله العزيز الوهاب

    2
    Mardi 28 Mai 2019 à 15:42

    @El Fakir : pas de grossièretés sur ce blog. Commentaire supprimé.

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