• La Terre est ronde, épisode 3

    Le mythe de la Terre plate et le créationnisme

    Christophe Colomb
    Cristoforo Colombo (1450-1506)

    Il existe un mensonge grossier, un mythe récurrent répandu depuis environ 2 siècles par les christophobes de tout poil, qu'ils soient "chrétiens" libéraux, musulmans (le genre d'individus frustrés par la vie pour qui tous les chrétiens sont des "kaffiroun" et des "mushrikin"), New Ageux, agnostiques ou athées (ces 3 dernières catégories agissant bien évidemment en plein et entier accord avec leur vision du monde dépourvue de fondement moral objectif), d'après lequel l'Église a enseigné depuis sa création jusqu'à la révolution astronomique initiée par Copernic, pour des raisons théologiques, que la Terre est plate, et que cela a poussé les chrétiens à s'opposer au progrès de la science sarcastic. Une composante essentielle et pourtant historiquement grotesque de ce mythe est que Christophe Colomb aurait été persécuté par des chrétiens parce que le but de son voyage aurait été de prouver que la Terre est ronde sarcastic. Un exemple typique est celui qui est encore (pour très peu de temps he ) l'homme le plus puissant de la planète, le président des USA Barack Obama :
    "Je vais vous dire un truc. Si certains de ces gens avaient été là quand Colomb a appareillé [rires], ils doivent avoir été des membres fondateurs de la Flat Earth Society [rires]. Ils n'auraient pas cru que la Terre était ronde [applaudissements]. Nous les avons entendu, ces gens, dans le passé."1

    Barack Hussein Obama
    Barack Hussein Obama (1961-)

    C'est tout à fait le genre de discours auquel il faut s'attendre de la part de quelqu'un qui est en faveur de l'infanticide et du mariage homosexuel... D'ailleurs, l'astronome créationniste Danny Faulkner a fait remarquer que c'est un des sarcasmes les plus courants utilisés pour taper sur les créationnistes2. Le Dr. Jerry Bergman en a documenté plusieurs exemples, et d'après lui :
    "Une recherche sur Google de 'creationists' et 'flat earthers' donne 37 100 résultats, et la plupart des articles parcourus qualifient d'une manière ou d'une autre les créationnistes de 'tenanciers de la Terre plate'."3

    Dr. Danny Faulkner
    Dr. Danny R. Faulkner

    Bergman écrivait en 2008, mais si vous faites cette recherche vous-même, vous verrez que le nombre de résultats atteint les 190 000... O tempora, o mores... Une des citations qu'il a données mérite qu'on s'y arrête car elle vient de ni plus ni moins que le philosophe misothéiste Daniel Dennett, très en vue dans la communauté des "nouveaux athées", pour qui, si les chrétiens :
    "[...]insistez pour enseigner à vos enfants des faussetés – que la Terre est plate, que "l'Homme" n'est pas un produit de l'évolution par sélection naturelle –, alors vous devez vous attendre, à tout le moins, à ce que ceux d'entre nous qui ont une liberté d'expression se sentent libres de décrire vos enseignements comme une diffusion de mensonges, et tentent de le démontrer à vos enfants à la première occasion. Notre bien-être futur – notre bien-être à tous sur la planète – dépend de l'éducation de nos descendants."4


    Daniel Clement Dennett (1942-)

    Fait hilarant, en faisant sa petite enquête sur les tenanciers de la Terre Plate (qui, répétons-le, n'ont rien à voir avec le mouvement créationniste biblique moderne), Bergman a constaté que Charles Kenneth Johnson, le président précédent du mouvement, était à moitié illettré, tout comme sa poignée de fidèles, à en juger par la correspondance postale et téléphonique qu'il a entretenue avec eux :
    "Ses lettres pour moi – en ce qui concerne l'orthographe, la grammaire et la logique –, étaient sans exception les pires de toutes celles que j'aie jamais reçues, y compris les lettres des élèves de primaire."3

    Dr. Jerry Bergman
    Dr. Jerry Bergman

    Bergman dit aussi de lui :
    "Il était particulièrement hostile envers les groupes créationnistes comme ICR."3

    Charles Kenneth Johnson
    Charles Kenneth Johnson (1924-2001)

    La citation est déjà suffisamment ironique comme ça, mais alors la cerise sur le gateau, c'est cette citation du journal "Live Science" :
    "Le Flat Earth Society est une organisation active actuellement dirigée par un Virginien nommé Daniel Shenton. Bien que Shenton croie en l'évolution et au réchauffement climatique, lui et ses centaines, voire ses milliers, d'adeptes dans le monde entier croient également que la Terre est un disque d'où vous pouvez tomber."5

    Quand vous aurez fini de vous tenir les côtes, nous pourrons peut-être examiner les questions qui s'imposent, à savoir : comment ce mythe est-il né et a-t-il fait boule de neige ? Pourquoi les christophobes l'affectionnent-ils autant ?

    Le mythe

    Robert J. Schadewald
    Robert J. Schadewald (1943-2000)

    D'après l'ancien président du NCSE (National Center for Science Education, dont le véritable but n'est pas du tout d'éduquer mais d'endoctriner la masse populaire dans la théorie de l'évolution), soi-disant expert en pseudosciences et anti-créationniste convaincu Bob Schadewald, "la théorie de la Terre plate a été associée avec le christianisme depuis le début. Plusieurs des Pères de l'Église étaient des tenanciers de la Terre plate"6. D'après le biologiste misothéiste Pr. Massimo Pigliucci, "durant la majeure partie de l'histoire de l'Occident, les chrétiens ont adopté" et le géocentrisme absolu et la théorie de la Terre plate7 ; de plus, "si la Flat Earth Society (basée en Californie) gagne suffisamment d'appui pour inonder la nation de ses partisans" et devenir "une force importante dans les élections locales et nationales", elle pourrait "[...] en venir à demander une révision de tous les programmes de sciences en astronomie [et soutenir que] les écoles devraient cesser d'enseigner ce non-sens au sujet d'une Terre ronde et [que nous devrions] avertir les élèves que s'ils voyagent assez loin, ils basculeront par-dessus le bord de la planète. Ce scénario semble ridicule ; en fait, c'est pour ça que les gens de presque tous les autres pays industrialisés se moquent de cet état de choses aux États-Unis : le statut scientifique du créationnisme n'est en rien supérieur à la théorie de la Terre plate."8

    Massimo Pigliucci
    Massimo Pigliucci (1964-)

    D'après l'historien des sciences réputé Charles Joseph Singer, la sphéricité de la Terre fut "acceptée un certain temps avant le midi de la pensée grecque. Aristote l'affirmait clairement, et elle a été élaborée en détail par Ptolémée." Mais lorsque le christianisme arriva sur le devant de la scène, la croyance en une terre sphérique fut "oubliée en Occident pendant mille ans, et remplacée par des constructions imaginaires sur la base des enseignements supposés de l'Écriture sainte. La sphéricité de la terre était, dans les faits, formellement démentie par l'Église, et l'esprit de l'homme occidental, pour autant qu'il ait évolué en quoi que ce soit dans cette affaire, est retourné à la vieille notion confuse d'une Terre plate modulée, avec les royaumes du monde entourant Jérusalem, le centre du disque terrestre élu par Dieu."9

    Charles Joseph Singer
    Charles Joseph Singer (1876-1960)

    Cette allégation a été répétée dans des tripotées de référence. Ainsi, "Geography: Its History and Concepts—A Student Guide", par Arild Holt-Jensen, un manuel populaire et considéré comme une référence, déclare :
    "Le Moyen-Âge fut une période sombre pour le développement de la science en Europe. Au mieux, les chercheurs ont fait des copies exactes mais stériles des ouvrages des anciens, en rejetant tout ce qui n'était pas conforme aux dogmes de l'Église. Un tel environnement intellectuel étouffait tout développement d'une analyse scientifique critique. Les concepts du monde qui avaient été mis au point dans les temps anciens furent remodelés pour se conformer à l'enseignement de l'Église. La Terre devint un disque plat avec Jérusalem en son centre."10

    Un manuel scolaire qui fut très populaire pendant plus d'un demi-siècle dans un pays de tradition aussi chrétienne que les USA, écrit par Joel Dorman Steele (1836-1886), dont son éditeur disait qu'il était doté d'un "caractère chrétien sincère"11, affirme que lorsque Colomb demanda un soutien financier pour atteindre les Indes en navigant vers l'ouest, le "conseil des sages a déclaré que le plan était trop stupide pour mériter qu'on s'y attarde." Jusqu'ici, ce n'est pas forcément inexact au niveau historique, comme nous le verrons plus bas, le problème, c'est la suite : ces ecclésiastiques érudits auraient conclu que le but de Colomb était "absurde" parce qu'il était stupide "de croire qu'il y a des gens de l'autre côté du monde, marchant leurs talons vers le haut, et leurs têtes pendouillant", et ils auraient ajouté qu'un navire ne pouvait pas s'y aventurer car "la zone torride, à travers laquelle ils doivent passer, est une région de feu, où les vagues elles-mêmes bouillent."12

    Joel Dorman Steele
    Joel Dorman Steele

    Comme il fallait hélas s'y attendre, les mass-médias se sont emparés sans vergogne de cette allégation fumeuse, et d'après un article de Newsweek, lorsque l'"Église catholique a condamné Galilée en 1632 pour sa notion hérétique que la terre était un globe rond fonçant à travers l'espace autour du soleil, ce qui était son effort pour maintenir la ptolémaïque traditionnelle, le système de la Terre plate était déjà condamné. L'âge de l'exploration datait de plus d'un siècle, et les hommes sillonnaient toute la planète sans tomber par-dessus le bord."13


    Illustration par un artiste du XVe siècle où il est présumé qu'une partie du globe était inaccessible aux humains à cause du climat torride de l'équateur. Cette vision tente de combiner une perception stylistique d'une Terre plate avec la connaissance répandue, même à l'époque, de la sphéricité de la Terre.

    Dans son best-seller sur l'histoire des sciences "The Dancing Universe: From Creation Myths to the Big Bang" (où il a la prétention de "réconcilier science et spiritualité"), le physicien théorique Marcelo Gleiser (1959-) soutient que la curiosité envers la nature a pratiquement disparue au Moyen-Âge à cause de l'influence de l'Église, qui aurait "redirigé les inquiétudes des gens 'instruits' vers des questions théologiques abstraites ; les graines plantées par les Grecs devaient rester en sommeil pendant un certain temps [...] La seule sagesse acceptable était [...] théologique [...] et tout questionnement sur le fonctionnement du monde était jugé superflu et dangereux pour le salut de l'âme. L'état de l'astronomie était si régressif que pendant sept cents ans, d'environ 300 à 1000, la Terre fut une nouvelle fois considéré comme plate !"14

    Marcelo Gleiser
    Marcelo Gleiser

    Le carnaval continue avec le juriste américain Daniel Boorstin, professeur à l'université de Chicago et ancien Bibliothécaire du Congrès, connu en France pour son essai historique "Les Découvreurs", où il déclame, dans un chapitre intitulé "La prison du dogme chrétien", qu'après l'ère ptolémaïque, le christianisme conquit la plus grande partie de l'Europe, causant :
    "un phénomène d'amnésie scientifique à l'échelle de l'Europe qui a affligé le continent de 300 à au moins 1300. Au cours de ces siècles, la foi chrétienne et les dogmes ont supprimé l'image utile du monde qui avait été si lentement, si péniblement et si scrupuleusement élaborée par les anciens géographes."15
    À la place, d'après Boorstin, "des schémas simples déclaraient avec autorité la véritable forme du monde." Dans un chapitre intitulé "Le retour de la Terre plate", il prétend même que presque tous les chrétiens croyaient en une Terre plate, à part quelques esprits ouverts qui admettaient la sphéricité de la Terre pour des raisons géographiques, mais niaient l'existence d'habitants aux antipodes pour des raisons théologiques16...
    Reconnaissons-lui au moins le mérite d'admettre qu'à l'époque de Colomb, la plupart des gens instruits croyaient en la sphéricité de la Terre...

    Daniel Joseph Boorstin
    Daniel Joseph Boorstin (1914-2004)

    Un manuel de biologie aussi récent que de 2004 prétend même que jusqu'au "XVIe siècle, de nombreux Européens croyait que la Terre était plate", que "les travaux d'astronomes comme Copernic et Galilée suscitèrent une controverse considérable à l'époque" et qu'à cause de l'Inquisition :
    "certains scientifiques furent exécutés pour avoir enseigné que la Terre et les autres planètes étaient en orbite autour du Soleil. Pouvez-vous imaginer vivre dans une époque où la curiosité scientifique était dissuadée à ce point, voire interdite ?"17

    Timothy Ferris
    Timothy Ferris (1944-)

    Aujourd'hui, le mythe est répété et propagé comme jamais par des auteurs et des vulgarisateurs de renom. Ainsi, l'écrivain américain Timothy Ferris a écrit que l'Église a ramené la science des siècles en arrière, et qu'elle enseignait que les planètes étaient "poussées par des anges [...] La fière Terre ronde fut aplatie, ainsi que le soleil chatoyant"18. Le Dr. Herman Erlichson, physicien et historien des sciences, a écrit dans l'"American Journal of Physics" :
    "naguère [...] les gens, d'une manière générale, pensaient que la Terre était plate. Les voyages d'exploration de l'époque de Christophe Colomb peuvent être considérées comme des recherches empiriques sur la forme de la Terre."19

    Au final, selon ce mythe populaire, la plupart des chrétiens reconnurent leur erreur et acceptèrent la sphéricité de la Terre, mais les "fondamentalistes" persistèrent dans leur croyance anti-scientifique et désuète et se moquèrent de ceux qui croyaient en une Terre ronde. Si vos yeux ne sont pas sortis de leurs orbites tout seuls après ça, nous allons pouvoir rétablir la vérité.

    L'éclipse lunaire, une preuve antique de la sphéricité de la Terre

    Éclipse de lune
    Photos en time-lapse de la lune pendant une éclipse partielle, montrant clairement l'ombre circulaire portée par la Terre sphérique

    Les Grecs de l'Antiquité connaissaient la sphéricité de la Terre : ils réalisaient que dans ces moments, la Terre est entre le Soleil et la Lune, et qu'elle portait toujours une ombre circulaire, quelle que soit la direction, ce qui en prouvait la sphéricité. D'ailleurs, Ératosthène a utilisé la géométrie pour en mesurer la circonférence avec une erreur d'à peine 3,5%20. Aristote (-384–-322) disait :
    "Soit donc la terre est sphérique, soit elle est au moins naturellement sphérique. Et il est correct d'appeler chaque chose selon ce que sa nature la destine à être, et ce qui lui appartient en propre, plutôt que ce qu'elle est selon la contrainte et contrairement à la nature. Le témoignage des sens aussi le corrobore davantage. Sinon, comment les formes des éclipses de lune montreraient-elles des segments tels que nous les voyons ? En l'état des choses, les formes que la lune elle-même nous montre chaque mois sont de toutes sortes – droites, gibbeuses et concaves, mais pendant les éclipses, le contour est toujours courbé : et, comme c'est l'interposition de la Terre qui produit l'éclipse, la forme de cette ligne est causée par la forme de la surface de la Terre, qui est donc sphérique."21

    Aristote
    Aristote (-384 - -322)

    Je n'aurais pas su mieux le dire yes. Merci, Aristote smile ! C'est évident : si la Terre était plate (selon le "modèle" où la Lune voyage vers l'est sous la Terre après s'être couchée), la forme de l'ombre de la Terre sur la Lune ne serait pas la même quand l'éclipse se produit au moment où la Lune est à son apogée et quand elle se produit lorsqu'elle est basse sur l'horizon. Et je ne mentionne même pas le fait que les marins avaient déjà remarqué que l'écliptique est orientée vers le sud dans l'hémisphère nord et vice-versa, ce qui est pratiquement inexplicable si la Terre est plate smile.

    Ce n'est pas étonnant qu'ils l'aient su : ils étaient versés en astronomie, ce qui était indispensable pour la navigation... et l'astrologie, deux domaines d'importance dans leur société. Et bien évidemment, cette connaissance n'a été perdue à aucun moment.

    Qu'enseignait réellement l'Église primitive ?

    Jeffrey Burton Russell
    Jeffrey Burton Russell (1934-)

    L'historien catholique et professeur d'histoire à l'université de Californie Santa Barbara Jeffrey Burton Russell a démoli méthodiquement le mythe de la Terre plate il y a 25 ans dans son étude-phare "Inventing the Flat Earth"22. Le regretté Stephen Jay Gould (1941-2002) himself, une des grandes figures de l'évolutionnisme moderne, a émis une critique favorable de ce chef-d'œuvre :
    "Il n'y a jamais eu de période d''obscurantisme de la Terre plate" parmi les savants (quelle que soit la façon dont le grand public peut avoir conceptualisé notre planète à l'époque et maintenant). La connaissance grecque de sa sphéricité ne s'est jamais effacée, et tous les grands savants médiévaux acceptaient la rotondité de la terre comme un fait établi de la cosmologie."

    Pr Stephen Jay Gould
    Pr. Stephen Jay Gould

    Russell a démontré qu'une croyance en la Terre plate était extrêmement rare dans l'Église. Le plus ancien des 2 principaux tenanciers de cette idée était un rhéteur hérétique africain du nom de Lactance (245-325), qui s'était hissé au rang de conseiller de Constantin Ier. Il a rejeté toutes les idées des philosophes grecs (dont celle d'une Terre sphérique). Considéré comme hérétique par les Pères de l'Église, ses travaux furent largement ignorés jusqu'à la Renaissance, où quelques humanistes promurent ses écrits en tant que modèle de langue latine, et, ce faisant, promurent ses idées de Terre plate.

    Lucius Caecilius Firmianus Lactantius
    Lucius Caecilius Firmianus Lactantius

    Le 2e était l'obscur moine égyptien et marchand d'épices Cosmas Indicopleustès (c.-à-d. "voyageur en Inde"), qui prétendait que la Terre était plate et qu'elle reposait sous les cieux, qui étaient une arche voûtée rectangulaire. Son œuvre fut judicieusement rejetée en bloc par les Pères de l'Église, mais les historiens libéraux l'ont en général citée comme représentative de la vision du monde des Pères de l'Église. Beaucoup d'entre eux se sont contentés de rabâcher cette idée sans vérifier les faits22.

    Constantin d'Antioche
    Constantin d'Antioche

    Ces deux électrons libres étaient largement surpassés en nombre par des myriades de théologiens, de poètes, d'artistes, de savants et d'hommes d'État chrétiens qui déclaraient sans ambigüité que la Terre était ronde. Russell fournit des documents en faveur de la sphéricité de la Terre de la part de nombreux érudits ecclésiastiques médiévaux comme le frère franciscain Roger Bacon (v. 1220-1292), surnommé le "Doctor mirabilis", d'importants scientifiques médiévaux comme Jean Buridan (1301-1358) et Nicolas Oresme (1320-1382), le moine Jean de Halifax (v. 1195-1256), auteur du "Tractatus de Sphæræ", et bien d'autres encore.

    Frère Roger Bacon Bagoon Jean Buridan Nicole Oresme Jean de Halifax
    Roger Bacon Bagoon           Johannus Buridanus                  Nicole Oresme                            John of Hollywood

    Un des promoteurs les plus connus de l'idée d'une Terre sphérique est le moine, théologien, poète et historien anglais Bède le Vénérable (673-735). Ce qui est moins connu, par contre, est qu'il était un des astronomes les plus importants de son temps. Dans son "De temporum ratione", il a calculé, entre autre choses, une date du commencement du monde de 3952 av. J.-C., a démontré comment calculer la date de Pâques, et a explicitement enseigné que la Terre est ronde. De là, il a démontré pourquoi la longueur des jours et des nuits change avec les saisons (encore un truc qui n'a pas lieu d'être avec une Terre plate...) et la manière dont l'attraction de la Lune cause les marées. Il était le 1er à avoir eu cette intuition, alors que Galilée avait donné une mauvaise explication des siècles après lui. D'ailleurs, en parlant de Galilée, son procès fait aussi partie de ces faits historiques détournés par les laïcistes et autres christophobes en un mythe de "christianisme vs science" quand il s'agissait en réalité de "vision du monde vs vision du monde", exactement comme le débat création-évolution.

    Saint Bède le Vénérable
    Bède le Vénérable

    Voici ce qu'il écrit dans son "De temporus ratione" sur la forme de la Terre  :
    "Nous appelons la terre un globe, non pas comme si la forme d'une sphère était exprimée dans la diversité des plaines et des montagnes, mais parce que, si toutes choses sont incluses dans le tracé, la circonférence de la Terre représentera la figure d'un globe parfait. [...] Car, en vérité, c'est un globe placé au centre de l'univers ; dans sa largeur, il est comme un cercle, et non point circulaire comme un bouclier, mais plutôt comme une boule, et il s'étend depuis son centre avec une rondeur parfaite sur tous les côtés."23

    Saint Thomas d'Aquin
    Thomas d'Aquin (1225-1274)

    Thomas d'Aquin, le "docteur angélique", un des grands théologiens et philosophes du Moyen-Âge, a écrit dans son œuvre maîtresse, "Summa theologiæ" :
    "Le physicien a un moyen de démontrer que la Terre est ronde, l’astronome en a un autre ; l’astronome fait sa démonstration par des moyens termes d’ordre mathématique, comme les figures des ellipses, etc. ; le physicien par des moyens termes observés dans la nature, tels que la chute des graves vers un centre, et autres faits de même sorte."24

    Ailleurs, Thomas montre clairement qu'il connaît la forme de la Terre :
    "2. Quant au lieu : car, dans une moitié de la voûte céleste il y avait la lumière, et dans l’autre les ténèbres.
    3. Quant au temps : parce que, dans une moitié de la voûte céleste, selon une partie du temps il y avait lumière, et selon une autre, ténèbres. Et c’est le sens de ces paroles : "Il appela la lumière jour, et les ténèbres, nuit.
    "25
    La traduction est mal fichue (peut-être que le snobisme chronologique a encore frappé frown) : au lieu de "moitié de la voûte céleste", c'est le mot qui veut dire "hémisphère" qui est utilisé dans l'original.

    Pourquoi s'est-on opposé à Colomb ?

    Kirkpatrick Sale
    Kirkpatrick Sale (1937-)

    Dans une étude extensive sur Colomb, Kirkpatrick Sale a conclu qu'une des principales légendes sur lui est qu'"il voulait prouver que la Terre est ronde" et que "le fait est que n'importe quel Européen instruit de l'époque, et à coup sûr n'importe qui d'impliqué dans l'activité maritime, savait que la Terre est ronde"26. Cela contraste violemment avec ce bel exemple de désinformation venant de plusieurs éditions du manuel d'histoire "The American Pageant", de Thomas Bailey : "Les marins superstitieux [de l'équipage de Christophe Colomb ...] devinrent de plus en plus mutins [...] parce qu'ils avaient peur de basculer par-dessus le rebord du monde."23 Par ailleurs, un autre mythe assez courant prétend que les gens ont réalisé que la Terre est ronde lorsqu'ils ont vu que les bateaux s'enfonçaient en apparence sous l'horizon au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient. Mais ça devait en réalité être le contraire avant l'invention des télescopes : les marins qui atterrissaient voyaient le sommet des montagnes apparaître avant les basses terres. Quelle est donc la réelle raison pour laquelle on s'est opposé à lui ?

    Thomas Andrew Bailey
    Thomas Andrew Bailey (1902-1983)

    On sait que Colomb voulait atteindre les Indes en naviguant vers l'Ouest plutôt que de passer par le cap de Bonne-Espérance. Mais pour cela, les navires devaient embarquer suffisamment de vivres pour le voyage. Il avait appris que l'astronome persan Alfraganus (800/805-870) avait estimé que chaque degré de latitude faisait 56 milles 2/3 (mesure relativement précise pour l'époque, mais moins, au final, que celle d'Ératosthène). Toutefois, Colomb pensait qu'il avait utilisé le mille romain, de 1 430 m, alors qu'il avait utilisé le mille arabe, de 1 830 m. Cela avait conduit Colomb à calculer une circonférence de la Terre inférieure d'un quart à sa valeur réelle (40 000 km). Il avait aussi fortement sous-estimé la distance entre les Canaries et le Japon, la donnant comme égale à 3 000 milles italiens, alors que la distance réelle est plutôt de l'ordre de 19 600 km.

    Alfraganus
    Abū al-ʿAbbās Aḥmad ibn Muḥammad ibn Kathīr al-Farghānī

    Comme le documente l'historien maritime américain Samuel Morison, la question qui était réellement débattue était la taille de la Terre, et pas sa forme. Les détracteurs de Colomb maintenaient que les navires ne pourraient jamais embarquer suffisamment de vivres pour une pareille expédition, et ils avaient raison27 ! Colomb a juste eu de la chance qu'il y ait eu tout un continent en travers de son chemin. Il ne connaissait rien des découvertes de Leif Eriksson des siècles plus tôt - et la théorie historique qui voudrait que Cheng Ho ait découvert l'Amérique 71 ans avant Colomb est certes fascinante mais n'est appuyée par aucune preuve vraiment probante jusqu'à maintenant... En réalité, il a longtemps persisté à croire qu'il avait atterri aux Indes, et cette erreur persiste aujourd'hui dans l'appellation commune d'"Indiens" qu'on donne aux autochtones américains, et qui vient du nom d'"indios" que Colomb leur avait appliqué.

    Samuel Eliot Morison
    Samuel Eliot Morison (1887-1976)

    L'avènement du mythe de la Terre plate

    Thomas Cahill
    Thomas Cahill (1940-)

    Selon le théologien américain Thomas Cahill (connu pour son œuvre "The Hinges of History" où il analyse les processus qui ont donné naissance à la civilisation occidentale moderne), le mythe selon lequel l'Église "condamnait comme hérétiques tous ceux qui prétendaient que la Terre était ronde" fut "inventé par deux affabulateurs indépendants : Jean-Antoine Letronne, anticléricain du XIXe siècle, et Washington Irving"28. En 1834, le 1er a proféré que la plupart des Pères de l'Église, dont Augustin, Ambroise et Basile le Grand, adhéraient à l'idée d'une Terre plate15. Le 2nd, plus remarquablement, est celui qui a principalement contribué à l'expansion de ce mythe avec son roman (très peu frown) historique "Vie et Voyages de Christophe Colomb" (1828-1830), où il prétend que les gens d'église du temps de Colomb se seraient opposé à lui avec véhémence parce qu'il aurait fini par basculer par-dessus le rebord de la Terre dans le vide cosmique28... Irving fut probablement le 1er vrai écrivain de best-sellers américain, mais il admettait lui-même avoir "tendance à donner libre cours à son imagination"25. À tous les coups, le mythe de la Terre plate est un pur produit de celle-ci sarcastic... En vérité, si on lit attentivement Irving, on voit bien que son "histoire" est écrite exprès pour dépeindre le christianisme comme étant plein de préjugés, dogmatique et ignare, et les scientifiques comme des personnes d'une froide objectivité pesant soigneusement les faits dans la balance (ce qui, on le sait, est on ne peut plus faux) et qui avaient raison au final. Malheureusement, Irving, en bon précurseur de Dan Brown, utilisa plusieurs faits venant de références de bonne réputation pour donner l'impression que sa fiction était bien étayée, ce qui fit que "le public fut faussement induit à prendre son petit jeu littéraire pour de l'Histoire"29. Comme Morison en a correctement conclu, le récit d'Irving est une "bêtise malveillante"27.

    Jean-Antoine Letronne      Washington Irving
    Jean-Antoine Letronne (1787-1848)  Washington Irving (1783-1859)

    Le mythe de la Terre plate, arme de choc des darwinistes envers leurs détracteurs

    Mais le pire était encore à venir : le mythe devait bientôt acquérir le blason de l'érudition, qui lui permettrait de servir de bâton avec lequel battre le christianisme. Il faut dire que jusqu'en 1859 (année de la publication de "De l'origine des espèces"), le mythe de la Terre plate est resté du domaine de la fiction. Or, comme les preuves de l'émergence et de la diversification des espèces vivantes par des moyens purement naturels brillaient par leur absence, les darwinistes devaient bien recourir à d'autres moyens pour discréditer leurs détracteurs. J. B. Russell a documenté qu'un de ces moyens fut l'appropriation du mythe de la Terre plate, moyen qui s'avéra particulièrement efficace. Les ennemis du créationnisme exploitèrent les quelques rares écrits qui prétendaient que l'Église était anti-science, en particulier ceux qui pronaient le mythe de la Terre plate. Ils firent leurs choux gras des écrits de Lactance et d'Indicopleustes, qui "étaient des symboles commodes en tant qu'armes contre les anti-darwinistes. Dans les années 1870, la relation entre science et théologie commençait à être décrite en des métaphores militaires. Les philosophes (les propagandistes des Lumières), en particulier Hume, avaient planté une graine en impliquant que les vues scientifiques et chrétiennes étaient en conflit. Auguste Comte (1798-1857) avait soutenu que l'humanité luttait laborieusement pour s'élever vers le règne de la science ; ses disciples ont avancé le corollaire comme quoi tout ce qui empêchait l'avènement du règne de la science était rétrograde. Leur système de valeurs percevait le mouvement vers la science comme 'le bien', de sorte que tout ce qui bloquait le mouvement dans cette direction était 'le mal'."30

    David Hume Auguste Comte
                                                          Auguste Comte (1798-1857)

    Toutefois, ce n'est pas à cause de Letronne que ce mythe grotesque a été élevée au rang d'idée en usage dans la république des érudits, mais essentiellement à cause de deux christophobes fanatiques notoires : John William Draper (1811–1882) et Andrew Dickson White (1832–1918).
    L'Anglais Draper, un excellent chimiste et photographe, mais un historien catastrophique, écrivit "Les conflits de la science et de la religion" (1875), une polémique très mal informée à l'encontre de l'Église. C'était un cathophobe actif, si anti-chrétien que lorsque le fils de sa sœur mourut, "elle mit le livre de prières du garçon sur le plateau à petit déjeuner de Draper", ce qui le mit tellement en rage qu'il la chassa, la bannissant définitivement de la famille beurk31. Il ne ménageait pas sa peine pour lutter contre le christianisme.
    White, épiscopalien défroqué et fondateur de la 1ère université explicitement laïque, l'université Cornell, écrivit une "Histoire de la lutte entre la science et la théologie", en 2 volumes (1896). Il a enseigné à l'université du Michigan. Fait intéressant, des 4 diplômes de White, 2 furent obtenus dans des écoles américaines, un à Oxford et un à Iéna, où Ernst Haeckel, l'apôtre du darwinisme en Allemagne, enseignait wink2.
    Ces 2 compères utilisèrent de copieuses références, et le "public instruit, voyant tant d'éminents scientifiques, philosophes et savants en accord, en conclut qu'ils devaient avoir raison"32. Ces 2-là étaient d'accord parce qu'ils s'imitaient mutuellement.

    John William Draper
    John William Draper

    Ils se sont énormément basés sur Cosmas, dépeignant sa doctrine de la Terre plate comme typique du christianisme plutôt qu'ultra-minoritaire et crasseuse de la poussière de l'oubli comme elle l'est en réalité. Ce sont eux, en réalité, qui sont principalement responsables de l'avènement de cette ânerie de "conflict thesis", qui prône un conflit entre religion (surtout christianisme, comme par hasard...) et science, alors que c'est le christianisme qui est à l'origine de la science dont nous disposons, alors que celle-ci est morte dans l'œuf dans d'autres endroits comme la Grèce et la Chine antiques. Draper a d'ailleurs décrit avec beaucoup de détails la cosmologie de Terre en forme de parallélogramme entouré de 4 mers de Cosmas. Il en a conclu de manière erronée : "la doctrine fut reçue comme virtuellement inspirée [par l'Église], et bientôt regardée comme une forteresse de vérité biblique que les sommités de l'Église s'appliquèrent à rendre imprenable par des travaux extérieurs de raisonnement théologique ; la masse des fidèles considéra cette doctrine comme un don direct du Tout-Puissant."

    Andrew Dickson White
    Andrew Dickson White

    D'après Le professeur d'histoire des sciences et technologies à l'université ouverte Colin Russell :
    "Draper prend une telle liberté avec l'histoire, perpétuant des légendes en les élevant au rang de faits, qu'il est à juste titre évité aujourd'hui dans l'étude historique sérieuse. C'est presque aussi vrai de White, même si sa remarquable panoplies de notes de bas de page prolifiques peut donner une impression trompeuse de recherche méticuleuse."33

    Joy Hakim
    Joy Hakim (1931-)

    Malheureusement, "beaucoup d'auteurs, grands et petits, ont suivi l'argumentaire de Draper et White jusqu'à présent"31. Un exemple moderne est Joy Hakim, qui prétend que la cosmologie rectangulaire de Cosmas était le point de vue dominant au Moyen-Âge34.

    Nous avons vu plus haut que J. B. Russell a démontré l'absence criante de qualité des arguments de ces 2 gus. Il a aussi examiné une large sélection de manuels et a remarqué que ceux écrits avant 1870 donnaient une version correcte de l'histoire de Colomb tandis que la plupart de ceux écrits après 1880 rabâchaient sans discernement les idées d'Irving, Draper et White. On devine facilement ce qu'il en a conclu... Gould aussi a conclu, après avoir examiné leurs écrits, que "le prétendu consensus médiéval et obscurantiste envers une Terre plate – est entièrement mythologique"35 et que le but principal de Draper et White était de discréditer les chrétiens qui s'opposaient au darwinisme36.

    Ces 3 livres "fixèrent dans l'esprit des gens instruits l'idée que la 'science' représentait la liberté et le progrès face à la superstition et la répression de la 'religion'"37. Le livre de Draper "se classe parmi les plus grands succès d'édition du XIXe siècle", et celui de White est encore imprimé aujourd'hui38. Le livre de Draper a été en moyenne réimprimé chaque année pendant un demi-siècle après sa publication rien qu'aux États-Unis. Au Royaume-Uni, il a été réimprimé 21 fois en 15 ans et traduit dans le monde entier39.

    David C. Lindberg                    Ronald L. Numbers
    David C. Lindberg (1935-2015)  Ronald Numbers (1942-)

    D'après David Lindberg et Ron Numbers : "Aucun ouvrage – pas même "Les conflits de la science et de la religion" (1874) de John William Draper – n'a fait plus que celui de White pour inculquer dans l'esprit public le sens d'une relation d'opposition entre la science et la religion. Son Histoire de la lutte entre la science et la théologie reste imprimée jusqu'à nos jours, apparaissant aussi en allemand, français, italien, suédois et japonais. Sa rhétorique militaire a capturé l'imagination de générations de lecteurs, et ses nombreuses références, toujours impressionnantes, ont donné à son œuvre l'apparence d'une solide érudition, éblouissant même les historiens du XXe siècle qui auraient pourtant dû être plus avertis."

    Dans l'avant-propos de l'étude de J. B. Russell, Noble affirme que le mythe de la Terre plate "était devenue la doxa répandue de 1870 à 1920 à la suite de 'la guerre entre la science et la religion', quand pour beaucoup d'intellectuels en Europe et aux Etats-Unis toute religion est devenue synonyme de superstition et que la science est devenue la seule source légitime de vérité. Ce fut pendant les dernières années du XIXe siècle et les 1ères années du XXe siècle que le voyage de Colomb devint un symbole si répandu de la futilité de l'imagination religieuse et du pouvoir libérateur de l'empirisme scientifique."40

    Gould a aussi conclu que c'est le conflit création vs évolution qui a donné naissance au mythe de la guerre de la religion contre la science :
    "Autre similarité intéressante, les deux hommes [Draper et White] ont développé leur modèle fondamental de science versus théologie dans le contexte d'une lutte séminale et contemporaine trop facilement vue sous cet éclairage – la lutte pour l'évolution, en particulier pour la version laïque de Darwin basée sur la sélection naturelle. Aucune question, depuis Galilée, n'avait autant contesté les opinions traditionnelles sur le sens très profond de la vie humaine et, de ce fait, autant touché à un domaine de la recherche religieuse. Il ne serait pas exagéré de dire que la révolution darwinienne a déclenché directement cette conception influente de l'histoire occidentale du dix-neuvième siècle d'une guerre entre deux catégories taxonomiques désignées des noms de science et de religion."36

    Leur argument, ainsi que celui des christophobes d'aujourd'hui qui adhèrent à ce mythe, était que de même que l'Église était insensée de s'opposer à la probation par la science de la sphéricité de la Terre, elle commet une erreur en s'opposant au darwinisme22. Bref, les défenseurs du darwinisme qui ridiculisent leurs critiques comme quoi ils ne valent pas mieux que des tenanciers de la Terre plate adhèrent à un mythe que les darwinistes eux-mêmes ont créé sarcastic... En fait, le succès du livre de Draper était dû en grande partie à la "controverse sur l'évolution et la descente de l'homme"40. Il a fourni d'importantes munitions dans la guerre humaniste contre les créationnistes, ce qui venait à point vu la mollesse du genou du darwinisme au niveau scientifique.

    Récapitulation et conclusion

    La théorie de la Terre plate n'a strictement rien à voir avec le créationnisme biblique, et le mouvement correspondant est tout à fait marginal. De plus, presque personne dans la chrétienté n'a enseigné la Terre plate à part Lactance et Cosmas Indicopleustes, des électrons libres. Quant à Christophe Colomb, son voyage vers les Indes par l'ouest n'avait rien à voir avec une tentative de prouver la sphéricité de la Terre. Le mythe selon lequel christianisme=Terre plate est né avec Jean-Antoine Letronne et Washington Irving, ce-dernier ayant fait comme Dan Brown en mélangeant une fiction passionnante avec des faits historiques pour faire passer un mensonge éhonté dans le grand public. Mais ce fut lorsque des intellectuels comme J. W. Draper et A. D. White reprirent ce mythe et, pour pallier au manque de preuves scientifiques convaincantes du darwinisme de l'époque (pas que ça ait beaucoup changé depuis), l'amplifièrent pour s'en servir comme d'un puissant bâton d'iniquité pour battre la chrétienté comme plâtre que ce mythe adopta sa forme finale, telle que nous la connaissons actuellement :
    "Si les chrétiens avaient persisté pendant des siècles dans l'idée que la Terre est plate face à des preuves claires et disponibles, ils devaient être non seulement des ennemis de la vérité scientifique, mais des ennemis méprisables et pitoyables. L'Erreur, qui avait existé sous forme de graine du temps de Copernic et avait été plantée par Irving et Letronne au XIXe siècle, était maintenant arrosée par les progressistes pour en faire un sous-bois luxuriant et enchevêtré. L'Erreur était ainsi englobée dans une controverse beaucoup plus vaste : la prétendue guerre entre la science et la religion."41

    Aujourd'hui, bien que ce mythe grotesque ait été démoli par l'étude de J. B. Russell, il est encore utilisé pour prétendre que le christianisme a une longue tradition de persécution des scientifiques42. Ainsi, nous avons Robert Murdoch Youngson qui a prétendu que Giordano Bruno a été brûlé vif pour avoir adopté des idées scientifiques, dont une opposition à la croyance de l'Église "selon laquelle la Terre est plate et soutenue par des piliers"43. L'historien de l'astronomie John David North a conclu que jusqu'à maintenant, le mythe de la Terre plate "est un mythe commun – perpétué, semble-t-il, par la plupart des enseignants de jeunes enfants – comme quoi Christophe Colomb aurait découvert que la Terre est ronde."44

    En ne citant que des sources secondaires, les propagandistes de ce détestable mythe ont fait exactement ce qu'ils accusent les chrétiens de faire – et que les darwinistes font aujourd'hui – et ont ainsi créé un "ensemble de fausses connaissances en faisant référence les uns aux autres plutôt qu'aux preuves"45. La vraie histoire, c'est qu'il y a bien une guerre entre science et religion, mais c'est la faction évolutionniste usurpatrice qui a investi la majorité de la communauté scientifique qui livre cette guerre aux croyants. Un exemple frappant de cette guerre est le fait que White et ses imitateurs ont déformé l'histoire pour servir des buts idéologiques bien à eux.

    1. Obama, B. H., discours sur l'énergie au Prince George’s County Community College, Largo, MD, 15/03/2012. Revenir au texte.
    2. Faulkner, D. R., "Creation and the flat earth: Columbus and modern historians", Creation Matters 2(6):1, 1997. Revenir au texte.
    3. Bergman, J., "The flat-earth myth and creationism", Journal of Creation 22(2):114, 2008. Revenir au texte.
    4. Dennett, D., "Darwin’s Dangerous Idea: Evolution and the Meaning of Life", p. 519, 1995. Revenir au texte.
    5. Wolchover, N., "Ingenious ‘Flat Earth’ Theory Revealed In Old Map", Live Science, 23/06/2011. Revenir au texte.
    6. Schadewald, R. J., "Scientific creationism, egocentricity, and the flat earth", Skeptical Inquirer, p. 44, hiver 1981. Revenir au texte.
    7. Pigliucci, M., "Denying Evolution: Creationism, Scientism, and the Nature of Science", pp. 38, 2002. Revenir au texte.
    8. Ibid., p. 177. Revenir au texte.
    9. Singer, C., "Studies in the History and Method of Science", p. 352, 1917. Revenir au texte.
    10. Holt-Jensen, A., "Geography: It’s History and Concepts—A Student Guide", p. 11, 1980. Revenir au texte.
    11. Steele, J. D., "Popular Physics", préface de l'éditeur, 1888. Revenir au texte.
    12. Steele, J. D. et Steele, E. B, "A Brief History of the United States", p. 21, 1885. Revenir au texte.
    13. Anon., "The flat earthers", Newsweek, p. 8, 13/01/1969. Revenir au texte.
    14. Gleiser, M., "The Dancing Universe: From Creation Myths to the Big Bang", p. 59, 1997. Revenir au texte.
    15. Boorstin, D., "Les Découvreurs", p. 100, 1983. Revenir au texte.
    16. Op. cit., p. 108. Revenir au texte.
    17. Raver, J., "Biology: Patterns and Processes of Life", p. 89, 2004. Revenir au texte.
    18. Ferris, T., "Coming of Age in the Milky Way", p. 45, 1988. Revenir au texte.
    19. Erlichson, H., "Science for generalists", American Journal of Physics 67(2):103, 1999. Revenir au texte.
    20. Faulkner, D. R., "Creation and the flat earth: Columbus and modern historians", Creation Matters 2(6):1, 1997. Revenir au texte.
    21. Œuvres d'Aristote, I, p. 389. Revenir au texte.
    22. Russell, J.B., "Inventing the Flat Earth: Columbus & Modern Historians", 1991. Revenir au texte.
    23. Sarfati, J. D., "The flat-Earth myth", Creation 35(3):20–23, 04/2013. Revenir au texte.
    24. Thomas d'Aquin, "Summa Theologiæ", 1ère partie de la 2de partie, question 54, article 2, réponse à l'objection 2. Revenir au texte.
    25. Op. cit., 1ère partie, question 67, article 4, solution. Revenir au texte.
    26. Cité in Sanoff, A., "The myths of Columbus", U.S. News and World Report, p. 74, 8/10/1990. Revenir au texte.
    27. Morison, S.E., "Admiral of the Ocean Sea: A Life of Christopher Columbus", p. 89, 1942. Revenir au texte.
    28. Cahill, T., "Mysteries of the Middle Ages: The Rise of Feminism, Science, and Art from the Cults of Catholic Europe", p. 224, 2006. Revenir au texte.
    29. Russell, ref. 21, p. 52. Revenir au texte.
    30. Op. cit., p. 35. Revenir au texte.
    31. Op. cit., p. 37. Revenir au texte.
    32. Op. cit., p. 46. Revenir au texte.
    33. Russell, C. A., “The Conflict of Science and Religion”, in: Encyclopedia of the History of Science and Religion, p. 15, 2000. Revenir au texte.
    34. Hakim, J., "The Story of Science: Aristotle Leads the Way", p. 203, 2004. Revenir au texte.
    35. Gould, S., "Dinosaur in a Haystack", p. 41, 1995. Revenir au texte.
    36. Op. cit., p. 47. Revenir au texte.
    37. Russell, ref. 21, p. 38. Revenir au texte.
    38. Gould, ref. 35, p. 44. Revenir au texte.
    39. Russell, ref. 21, p. 41. Revenir au texte.
    40. Noble, D., avant-propos de Russell, J. B., "Inventing the Flat Earth", p. x, 1991. Revenir au texte.
    41. Russell, ref. 21, p. 43. Revenir au texte.
    42. Garwood, C., "Flat Earth: The History of an Infamous Idea", p. 204, 2007. Revenir au texte.
    43. Youngson, R., "Scientific Blunders", p. 282, 1998. Revenir au texte.
    44. North, J., "The North History of Astronomy and Cosmology", p. 226, 1995. Revenir au texte.
    45. Russell, ref. 21, p. 41. Revenir au texte.
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