• Il n'est pas un lion apprivoisé

    Il n'est pas un lion apprivoisé

    Vous avez sûrement déjà vu des gens dire quelque chose comme : "Je ne crois pas en un Dieu qui enverrait les gens en enfer ou qui massacrerait des dizaines de millions de gens en les noyant. Je crois en un Dieu d'amour qui veut voir Ses créatures heureuses." Nous avons tendance à chercher un Dieu tout gentil, sans danger, apprivoisé, tendre, et nous avons été jusqu'à nous auto-suggérer que Dieu veut que nous nous sentions en sécurité, à l'aise et jouissant à fond du niveau de vie mirobolant que nous avons fini par considérer comme la norme en Europe sarcastic.

    Cela se traduit notamment par une doctrine venant tout droit du pays ayant le plus haut niveau de vie au monde : la doctine de la parole de la foi, qui va de pair avec l'évangile de prospérité. Ses fers de lance : Joyce Meyer, Joel Osteen, Benny Hinn, etc. (Et oui, je donne des noms, abstraction faite de la culture de victimisation qui infeste l'Occident en général et la France en particulier, il est tout à fait biblique de dénoncer les gens qui prêchent de fausses doctrines yes.) "Je déclare" par-ci, "je prophétise" par-là, cela illustre bien tout le respect qu'ils ont pour l'idée de la souveraineté de Dieu no.

    Une singerie de Benny Hinn
    Une singerie de Benny Hinn

    Les prières des tenanciers de cette doctrine ressemblent à s'y méprendre aux listes de joujoux données par des enfants au téléphone à un magnétophone à voix de père Noël sur un numéro surtaxé. Ils se sont créés un Dieu apprivoisé, une espèce de papa gateau cosmique, tout sympa, inoffensif, cool, qui se contente de nous accepter tel que nous sommes, et bien qu'il souhaite que nous fassions mieux, il soupire, sourit de manière indulgente et n'exige rien de nous. Vous ne trouvez pas que ça ressemble étrangement à de l'idolâtrie arf ?

    Mais avec Aslan, foin de ces billevesées, Il est complètement différent : "Ce n'est pas comme un lion apprivoisé", comme le disait M. Castor à Lucy. Il n'a rien de la chiffe molle divine de l'évangélico-pentecôtisme. Personne ne peut le contrôler ni lui donner d'ordre yes, on peut juste Lui demander, Lui présenter des requêtes et des supplications. Nous ne pouvons en aucun cas Le dompter et Le plier à nos désirs cool. Il est l'antithèse de la notion selon laquelle Dieu veut que nous soyons heureux, satisfaits et en sécurité selon nos propres termes.

    Pour illustrer ça, rien de tel que l'exemple de l'écolière Jill Pole, lorsqu'elle fut amenée au pays d'Aslan pour la première fois : quand elle Le rencontra, une soif ardente la tenaillait, mais Il se tenait entre elle et la rivière qu'elle venait de découvrir :
    - Tu n'as pas soif ? lui demanda le Lion.
    - Je meurs de soif, répondit Jill.
    - Alors, bois.
    - Puis-je... Pourrais-je... Est-ce que cela ne Vous ennuierait pas de Vous éloigner un peu pendant que je bois ?
    Le lion ne répondit que par un regard accompagné d'un grognement très grave. Et, en contemplant a masse immobile, Jill se dit qu'elle aurait pu aussi bien demander à la montagne tout entière de se pousser pour lui faire plaisir.
    Le délicieux clapotis du ruisseau la rendait presque folle.
    - Est-ce que Vous promettez de ne pas... de ne rien me faire, si je viens pour de bon ? demanda Jill.
    - Je ne fais pas de promesse, dit le lion.
    La fillette avait maintenant tellement soif que, sans y prendre garde, elle s'était rapprochée d'un pas.
    - Est-ce que Vous mangez les petites filles ?
    - J'ai dévoré des petites filles, des petits garçons, des femmes et des hommes, des rois et des empereurs, des villes et des royaumes, dit-Il. Pas comme s'Il S'en vantait, ni comme S'Il le regrettait, ni comme S'Il était en colère. C'était une constatation, tout simplement.
    - Je n'ose pas venir boire, dit Jill.
    - Alors, tu vas mourir de soif.
    - Oh ! mon Dieu ! s'exclama Jill en se rapprochant encore d'un pas. Bon, eh bien, je crois que je devrais essayer de trouver un autre ruisseau.
    - Il n'y a pas d'autre ruisseau.
    Jill ne fut jamais tentée de mettre en doute la parole du lion - jamais aucun de ceux qui avaient pu voir la gravité de Son visage n'avait douté de Lui - et tout d'un coup, elle se décida sans y penser. C'était la chose la plus difficile qu'elle eût jamais eu à faire, mais elle s'avança jusqu'au ruisseau, s'agenouilla et commença à prendre de l'eau dans le creux de sa main. C'était l'eau la plus froide, la plus rafraîchissante qu'elle eût jamais bue. On n'avait pas besoin d'en boire beaucoup, car elle étanchait la soif d'un seul coup. Avant d'y avoir goûté, elle avait prévu de s'éloigner du lion à toutes jambes à l'instant même où elle aurait fini de boire. Maintenant, elle se rendait compte que ce serait la chose la plus dangereuse à faire.1

    Tel est le Dieu de Narnia (qui, ne l'oubliez pas, ne fait qu'un avec Celui des hommes). Il ne peut être manipulé par les désirs humains. Le Lion sait que Jill a besoin d'eau, et Il veut qu'elle en boive. Le hic, c'est que Jill voudrait en avoir selon ses propres termes, sans passer par le Lion, pour avoir ce qu'elle estime être une garantie de sécurité. Mais Aslan, Lui, sait que la façon de faire de Jill ne Lui procurera pas le bonheur au final. Nombreuses sont les personnes comme elle qui voudraient se réaliser sans passer par Dieu, mais c'est impossible no, puisque Dieu nous a créés exprès pour être avec Lui. C'est pourquoi Dieu ignore le désir de confort et de sécurité de ces personnes, comme Il a ignoré celui de Jill, Il insiste de manière intransigeante pour qu'elles prennent le risque de Le rencontrer, pour qu'elles puissent atteindre à la satisfaction ultime et véritable de tous leurs besoins et tous leurs désirs.

    Vous qui lisez ceci, ce n'est certainement pas un hasard, car Dieu est le maître des temps et des circonstances. Il vous appelle, et Il veut que vous soyez prodigieusement et incommensurablement heureux dans Son Royaume cool, incomparablement plus heureux que vous pourriez l'être selon vos propres termes yes, vous pouvez m'en croire. Toutes les plaintes envers la sévérité de Dieu se résument à : "Si Dieu veut vraiment que je sois heureux, Il me donnera exactement ce que je veux !" Mais comme C. S. Lewis l'explique dans "Mere Christianity" : "Ça ne sert tout simplement à rien de demander à Dieu de nous rendre heureux selon nos termes sans se soucier de religion. Dieu ne peut pas nous donner de bonheur ni de paix en-dehors de Lui, parce qu'il n'y en a pas." Encore une fois, les humains sont faits à la base pour trouver le bonheur en Lui, et seulement en Lui, et Il exige de nous que nous nous détournions de nos égos pleurnichards et égoïstes, pour nous tourner vers Lui, afin que nous trouvions enfin la joie pour laquelle Il nous a faits à la base. C'est cette vérité que Peter et ses sœurs ont découvert la première fois qu'ils ont rencontré Aslan face à face. Au début, ils avaient peur de L'approcher, puisqu'Il était bien évidemment à la fois bon et terrible, mais sitôt qu'ils trouvèrent le courage de le faire et après que le Lion leur eût souhaité la bienvenue, ils ne se sont plus sentis maladroits, mais contents et tranquilles, parce qu'en acceptant de faire face à Sa sévérité, ils ont aussi trouvé Son amour.

    1. Lewis, C. S., "Le Monde de Narnia", p. 628-629. Revenir au texte.
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